Entre archives historiques et clichés contemporains, l’exposition «Au Nom de la lumière» offre une immersion inédite au cœur de la communauté layenne. Inauguré à Yoff à l’occasion de la Korité, ce dialogue visuel entre le regretté Roger Da Silva et le photographe Libasse Laye Ndiaye célèbre l’héritage de Seydina Mandione Laye et la transmission d’une foi inébranlable à travers les générations.

Par Amadou MBODJI – L’esplanade de la Bibliothèque Mountazar de Yoff accueille, depuis le jour de la Korité, une exposition inédite intitulée «Au Nom de la lumière : deux regards sur une foi». Entre archives historiques de Roger Da Silva et clichés contemporains de Libasse Laye Ndiaye, cet événement, soutenu par l’Institut français du Sénégal, rend un hommage vibrant à la figure de Seydina Mandione Laye et à l’héritage de la communauté layenne. Lancée officiellement le samedi 21 mars 2026, jour de la Korité, l’exposition se poursuivra jusqu’à la fête de Tabaski. Ce projet repose sur une confrontation visuelle fascinante : d’un côté, l’œuvre de feu Roger Da Silva (décédé en 2008), et de l’autre, celle du photographe contemporain Libasse Laye Ndiaye.

L’exposition présente 12 photographies emblématiques. Six d’entre elles ont été capturées par Roger Da Silva en 1954, lors d’une prière de Tabaski dirigée par Seydina Mandione Laye (Khalife général des Layennes de 1949 à 1971). Les six autres, signées Libasse Laye Ndiaye, offrent une perspective moderne sur la communauté au XXIe siècle. «C’est merveilleux de voir que l’héritage de Roger Da Silva continue de perdurer», confie Ken Aïcha Sy, responsable du Pôle images de l’Institut français. «Nous avons proposé ce projet au Khalife général des Layennes après avoir découvert ces pépites dans le fonds photographique de l’artiste. Son Eminence a gracieusement accepté d’accueillir cette initiative.»

Transmettre l’histoire et la foi

Pour le professeur Baytir Kâ, membre du comité d’organisation, cette exposition est avant tout un outil pédagogique et mémoriel. Il s’agit de faire découvrir Seydina Mandione à une génération qui n’a pas connu son époque. «Nous avons voulu confronter le souvenir de 1954 avec le regard de la génération des années 2000. C’est un schéma «avant/après» pour permettre à la communauté de s’approprier son histoire, de comprendre les attributs de cet homme et la façon dont il a dirigé les fidèles», explique-t-il. Un dialogue intergénérationnel est ainsi mis en exergue.

Présente lors de l’inauguration, Christine Fages, ambassadrice de France au Sénégal, a souligné la dimension spirituelle et sociale de l’événement : «C’est un dialogue entre un photographe qui a immortalisé la société sénégalaise des années 50 à 70 et un regard actuel. Cette exposition illustre la manière dont les générations se transmettent la con­naissance et la foi, en capitalisant sur l’expérience des anciens pour construire un monde meilleur.»

Alors que le monde s’apprête à célébrer le bicentenaire de la photographie, cet événement rappelle que cet art reste une fenêtre essentielle sur le passé, capable de capturer l’essence d’une communauté et de graver son histoire dans la lumière.

ambodji@lequotidien.sn