Face à la progression inexorable de l’Océan Atlantique qui dévore les habitations du quartier Ndiaga Samb, l’Etat décline une stratégie en trois étapes pour stabiliser le littoral de Bargny. Entre enrochement d’urgence et projet de «repli stratégique», le plan en marche.

Par Justin GOMIS – Face au décor d’apocalypse, le cri du cœur des populations. A Bargny, la mer n’est plus une voisine, mais une menace immédiate. Au quartier Ndiaga Samb, le spectacle est désolant : des maisons éventrées, des pans de murs écroulés, laissant apparaître l’intimité de foyers désormais sans cuisine ni toilettes. Pour survivre, les habitants obstruent les brèches avec des briques de fortune, sacrifiant leurs cours intérieures pour ne pas être envahis par les vagues. Ndèye Yacine Dieng, coordonnatrice des victimes de l’érosion, a porté le cri de détresse de toute une communauté : «Ces familles sont épuisées. Nous sollicitons une évacuation d’urgence vers des lieux sûrs.» Venu constater l’ampleur des dégâts en ce début d’année 2026, le ministre Abdourahmane Diouf a présenté une feuille de route.

D’après le ministre Abdourah­mane Diouf qui a effectué hier une visite sur des sites classés, le gouvernement du Sénégal est en train de travailler sur des solutions.

«On peut mentionner trois points essentiellement. On a une solution à court terme pour faire face à l’avancée de la mer. Le gouvernement du Sénégal a prévu dans le budget de cette année 2026, un montant de 800 millions qui pourra être utilisé pour faire de l’enrochement, pour éviter que les vagues continuent à venir se fracasser sur les maisons qui sont juste sur la plage. Cela est pratiquement acquis. Les 800 millions sont dans le budget 2026. Nous avons déjà discuté avec le Génie militaire qui va mettre en place l’œuvre et je pense que s’il n’y a pas de couac administratif, nous ne le souhaitons pas, nous pourrons essayer de mettre en place ce projet assez rapidement avant le prochain hivernage. Mais ça, c’est une solution d’urgence à court terme.» Il ajoute : «Nous avons un grand projet avec le gouvernement des Pays-Bas, un projet de 50 milliards pour lutter contre l’avancée de la mer. Cela n’est pas spécifique à Bargny, ça va de Dakar, Yarakh jusqu’à Bargny, et même un peu au-delà. Donc si on met en place la procédure d’urgence avec l’enrochement qui est prévu pour le début de l’année 2026, par la suite nous pourrons envisager carrément de mettre une digue identique à ce qui a été fait à Rufisque il y a quelques années, et ça serait une solution durable. Maintenant sur la troisième question, c’est l’affaire du repli stratégique. Les populations devraient quitter la bande qui borde la mer pour aller habiter à l’intérieur et être moins exposées. La solution existe du point de vue de l’Etat, nous sommes prêts à accompagner la mairie de Bargny qui a déjà identifié les terres pour le repli stratégique des populations. Il reste juste à nous assurer, comme je l’ai dit au maire, de l’acceptabilité sociale de la chose», a-t-il expliqué, en soulignant qu’ils ont déjà vu le Génie militaire qui va s’en occuper assez rapidement avant le prochain hivernage. A l’en croire, c’est une solution d’urgence à court terme. «Nous avons un grand projet avec le gouvernement des Pays-Bas, un projet de 50 milliards pour lutter contre l’avancée de la mer», a-t-il ajouté.

Malgré la disponibilité des fonds et des terres, un obstacle demeure : le facteur humain. Abdourahmane Diouf a insisté sur «l’acceptabilité sociale» du repli stratégique. Demander à des familles de pêcheurs de quitter le rivage pour l’intérieur des terres est un déchirement culturel et économique. Le gouvernement et la Municipalité devront donc mener une médiation étroite pour convaincre les populations que partir n’est pas un abandon, mais la seule condition pour ne pas qu’elles soient englouties par une mer qui, elle, ne reculera pas.

Un projet de relocalisation déjà sur les rails

Le maire de la commune a précisé que les études, financées par le Cse (Centre de suivi écologique) et Green Sénégal, sont déjà bouclées. L’idée est claire : libérer la bande côtière pour la sécuriser, reloger les sinistrés à l’intérieur des terres et aménager les zones affectées pour empêcher toute nouvelle construction précaire. «La visite du ministre, qui connaît bien nos réalités, est un signal fort de l’espoir pour Bargny», a conclu l’édile de la ville.

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