En visite sur les sites écologiques de la région de Dakar, le ministre de l’Environnement, Abdourahmane Diouf, a été interpellé de manière véhémente par la maire de Golf Sud. Entre flou juridique sur les baux fonciers, absence de retombées économiques pour les collectivités locales et déficit de surveillance, la gestion de la réserve du Technopole cristallise aujourd’hui toutes les tensions.

Par Justin GOMIS – Une visite ministérielle sous le signe de l’urgence. Le ministre de l’Environnement a poursuivi son périple, entamé il y a deux jours, au chevet des poumons verts de la capitale. Après le lac des Maristes, Abdourah­mane Diouf s’est rendu au Technopole, avant de clore sa tournée par la plage de Bargny et la Sococim. Si l’objectif était d’évaluer l’état de conservation de ces sites, le passage au Technopole a surtout mis en lumière une fracture profonde entre l’Administration centrale, les industriels et les collectivités locales.

Golf Sud : «Une commune extraite de son propre patrimoine»

Saisissant l’occasion, Ma­dame Mahecore Diouf, maire de Golf Sud, a fustigé l’exclusion de sa commune dans l’exploitation de cette réserve urbaine. Sur les 650 hectares que compte le site, 54 se situent dans son périmètre communal. Pourtant, le constat est amer pour l’édile : «Aujourd’hui, j’ai l’impression que nous sommes extraits. Nous ne sommes pas impliqués dans ce qui se passe», a-t-elle dénoncé, forte de quatre années de mandat qui lui ont permis d’observer les dysfonctionnements de la zone industrielle attenante.

La maire pointe du doigt une opacité totale sur l’installation des entreprises. Selon elle, de nombreuses activités incompatibles avec la vocation écologique du site ont été autorisées, au mépris de la commune.

Le scandale des redevances et des baux post-2019

Le cœur de la colère municipale réside dans l’absence totale de retombées financières. Alors que des flux massifs de marchandises transitent par la zone, la mairie ne perçoit aucun dividende, ni des entreprises ni du comité de gestion.

La maire soulève une interrogation juridique majeure : la loi de 2019. «Cette loi a annulé tous les baux antérieurs. Comment se fait-il que des entrepreneurs continuent de mener leurs activités et que des hangars se louent à coups de millions de F Cfa au détriment de la collectivité ?», s’interroge-t-elle. Elle accuse certains détenteurs de baux de s’enrichir par la sous-location industrielle (des transactions se chiffrant en milliards) sans jamais respecter leur Responsabilité sociétale d’entreprise (Rse), ni employer la jeunesse locale.

Entre conservation et exploitation : un Etat aux moyens limités

Le diagnostic du ministre de l’Environnement abonde, en partie, dans le sens d’un manque de régulation. Abdou­rah­mane Diouf a reconnu deux problèmes majeurs : la sécurité et la conservation. Avec seulement 28 agents pour surveiller une superficie aussi stratégique, l’Etat manque de bras pour protéger cet écosystème. Enfin, il y a l’encadrement économique : le ministre a admis que l’activité industrielle sur le site n’est pas suffisamment en­cadrée, laissant place à des remblaiements sauvages et à une gestion foncière désordonnée.

Vers une concertation nationale pour le Technopole

Face à l’ampleur du différend, la maire de Golf Sud a suggéré une mesure radicale : revoir le statut de la réserve, voire la déclassifier partiellement si cela permet d’intégrer légalement ces zones à la commune pour mieux les taxer et les gérer. Si certains industriels présents affirment leur antériorité par rapport à la loi de 2019, ils reconnaissent néanmoins le non-versement de redevances municipales. Pour apaiser les esprits, le Préfet a appelé à la sérénité. Le ministre, quant à lui, a promis l’organisation prochaine d’une rencontre élargie avec tous les acteurs (mairie, entreprises, environnementalistes) afin de trouver une issue consensuelle et de définir un nouveau mode de gouvernance pour ce patrimoine national.

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