Défaits par la France (1-3) lors du premier match de la phase de groupe (I) de la Coupe du monde 2026, les Lions ont affiché deux visages radicalement opposés durant le match. Aliou Kandji, entraîneur formateur et ancien coach adjoint de l’Equipe nationale A, décortique sans complaisance les erreurs tactiques de ce rendez-vous manqué. Le technicien sénégalais garde néanmoins espoir pour la suite de la compétition, surtout face à la Norvège ce mardi.

Coach Aliou Kandji, le Sénégal a perdu (1-3) son premier match de Coupe du monde face à la France, finaliste lors de la dernière édition. Que pensez-vous de cette première sortie des champions d’Afrique en titre ?

Franchement, la France a une carte de visite assez fournie. Etre battu par la France, ce n’est pas une honte. Au contraire, ça peut même être une source de motivation pour rebondir. Maintenant, si on prend le contexte du match et qu’on analyse le résultat, il y a matière à réflexion. Mais sur le plan du statut, non, une défaite contre la France n’est pas une honte.

Pendant les quarante-cinq premières minutes, le Sénégal a rivalisé avec l’une des meilleures équipes du monde, sans concéder le moindre tir cadré. Cela signifie-t-il que les Lions avaient leurs chances ?

Oui, et c’est là précisément que réside le goût amer. Parce que si on analyse la première mi-temps, le Sénégal était sur un très bon tempo. Nos joueurs étaient premiers sur les ballons. Ils avaient mis en place une bonne organisation défensive et offensive, une bonne possession. Ils se sont même créé de très bonnes occasions de but. Mais la grande déception vient de la deuxième mi-temps. Ce match avait deux visages : un premier très bon, un deuxième franchement médiocre. Nul besoin d’être un entraîneur ou un spécialiste du football pour le constater.

A quoi attribuez-vous cette chute de niveau en seconde période ? Un problème physique, une réaction de l’adversaire ou autre chose ?

En deuxième mi-temps, il y avait des joueurs qui n’étaient pas à cent pour cent et qui ne pouvaient plus tenir le rythme face à cette Equipe de France. Il fallait, de mon point de vue, opérer des changements, amener du sang neuf, des garçons beaucoup plus frais. C’est en première mi-temps qu’on a senti ce problème physique. Et c’est en deuxième mi-temps qu’on en a payé le prix. La différence entre les entraîneurs, c’est justement ça : il faut être réactif.

On a vu Deschamps repositionner Olise et sortir Dembélé pour contrecarrer l’organisation sénégalaise. Le coach des Lions n’a pas semblé répondre à ce changement tactique. Est-ce un manque de réactivité ou de compétence ?

Je vous l’ai dit tout à l’heure. La France est une grande équipe, avec un grand entraîneur. Ce sont des gens aguerris et réactifs. Franchement, dès la première mi-temps, j’ai dit à ma famille : «Vous allez voir qu’en deuxième mi-temps, ça va changer.» Ce sont des gens qui réfléchissent, qui observent. Ils ont vu leurs failles à la mi-temps. Ils ont opéré les ajustements nécessaires et ça leur a réussi. C’est ça le propre d’un grand entraîneur. Je ne juge pas notre coach. Loin de là. Mais à ce niveau de compétition, il faut être factuel et réactif. Il y a des erreurs qui ne se pardonnent pas, qui se paient cash.

Des spécialistes estiment que certains cadres de l’équipe manquaient de temps de jeu pour prétendre à leur place. Pourtant, ils ont dominé la première période. S’agissait-il d’un faux choix du sélectionneur ?

Par déontologie et par respect professionnel, il y a des choix que je ne peux pas remettre en cause frontalement. L’entraîneur a ses arguments, ses raisons. Mais ce que tout le monde a constaté, moi, toi, les supporters, c’est que l’équipe était hétérogène sur le plan du rythme physique. Ces garçons avaient l’expérience, mais il leur manquait peut-être un tout petit peu de fraîcheur. Les laisser jouer cinquante ou soixante minutes, puis les mélanger à des joueurs plus frais aurait pu limiter les dégâts. Cela dit, les choix de l’entraîneur ne sont pas discutables dans leur principe. Peut-être que lui misait sur leur expérience pour absorber la pression. Malheureusement, ça n’a pas suffi.

On a également noté un manque criant d’efficacité chez nos attaquants. La responsabilité de l’entraîneur est-elle engagée sur ce point ?

La responsabilité de l’entraîneur est engagée à tous points de vue. Dès l’instant que tu acceptes d’être à la tête d’une équipe, toutes les responsabilités retombent sur toi. C’est toi qui fais et qui défais. Il ne faut pas s’y soustraire. Cela dit, en première mi-temps, nous avions eu des occasions. Nos attaquants s’en sont créés. Le problème, c’est que nous n’avons pas su les concrétiser. Et quand tu ne tues pas le match, tu t’exposes à en payer le prix.

Malgré tout, restez-vous confiant pour la suite de la compétition ? Peut-on prétendre à la victoire finale avec ce qu’on a montré en première mi-temps contre la France ?

Bien sûr. Il y a de l’espoir. Nous avons des garçons capables de faire un très bon match contre la Norvège. Ils ont les arguments, ils ont les qualités. Mais il faut être concentré, ne pas regarder dans le rétroviseur. Le match contre la France est derrière nous. Il faut maintenant analyser les points forts qu’on a montrés, les consolider, corriger les lacunes. Pour la Norvège, j’ai vu ce qu’ils ont fait contre l’Irak. Ils ont des garçons rapides, un attaquant avec une très bonne détente verticale, redoutable sur les ballons aériens. Il faudra réduire les espaces et prendre très rapidement le contrôle du match. Si on joue ce match-là, il n’y a aucune raison qu’on ne fasse pas un bon résultat.

Une défaite contre la Norvège annihilerait-elle nos chances de qualification ?

Bien sûr que ça compliquerait sérieusement les choses. Il nous resterait le match contre l’Irak. Beaucoup pensent que l’Irak est le petit poucet du groupe, l’équipe la plus faible. Mais moi, j’ai vu ce qu’ils ont fait contre la Norvège. Ce sont des garçons qui peuvent revenir dans un match. Donc autant réussir le match contre la Norvège dès maintenant, pour aborder le dernier sereinement. Un bon résultat contre la Norvège influe directement sur la dynamique du groupe. Mais vous savez, en football, tout est possible. Ces garçons sont motivés. Pour certains, c’est leur première Coupe du monde. Ils ont envie d’écrire leur nom dans l’histoire. Et cela ne s’achète pas.