A l’occasion de la Journée internationale des enfants en situation de rue, célébrée le 12 avril, les acteurs de la protection de l’enfance tirent la sonnette d’alarme face à l’ampleur du phénomène. Entre estimations alarmantes et absence de statistiques fiables, la 2Ape lance une initiative artistique à Guédiawaye pour sensibiliser et mobiliser.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Plus de 100 000 enfants en situation de rue au Sénégal. Ce chiffre, issu de certaines études, illustre l’ampleur d’un phénomène préoccupant, même si les acteurs reconnaissent l’absence de données exhaustives. A l’occasion de la Journée internationale des enfants en situation de rue célébrée ce 12 avril, les organisations de défense des droits de l’enfant appellent à une mobilisation accrue pour faire face à cette urgence sociale. Privés de cadre familial, exposés à la violence, à la malnutrition et à diverses formes d’exploitation, ces enfants vivent dans une extrême précarité.

Les causes de cette situation sont multiples : dislocation des familles, abus, négligence, conflits ou encore pauvreté persistante. A cela s’ajoute un phénomène croissant de mobilité d’enfants issus de la sous-région, notamment du Mali et du Niger, renforçant la complexité du problème. Face à ce constat, l’Alliance des associations pour la protection de l’enfant (2Ape) a décidé de passer à l’action à travers une initiative innovante. Une exposition artistique et artisanale, prévue du 5 au 20 juin 2026 à Guédiawaye, ambitionne de donner la parole aux enfants en situation de rue, tout en sensibilisant le grand public et les décideurs.

Pour Gorgui Diallo, coordonnateur d’Action enfance Sénégal, l’objectif est clair : «Ces enfants ont besoin d’un accompagnement constant. Cette exposition est une opportunité de les écouter, de comprendre leurs réalités et d’apporter des réponses adaptées à leurs besoins urgents.» De son côté, Mamadou Wade, président du Mccet, met en avant la nécessité d’un engagement collectif. «Nous saluons les efforts des autorités étatiques pour régler cette problématique. Mais il est essentiel que tous les acteurs s’impliquent. A travers cette initiative, nous voulons mobiliser des ressources pour soutenir les centres d’accueil et améliorer les conditions de vie de ces enfants», indique-t-il. Même dynamique chez Abdou Wiang, coordonnateur de l’Aspac-2, qui insiste sur la valorisation des talents comme levier de réinsertion. «Des artistes de renom accompagneront ces enfants dans la réalisation d’œuvres. Les ventes permettront de financer des structures d’accueil. Nous voulons leur montrer qu’ils ont du potentiel et qu’un autre avenir est possible», explique-t-il.

En parallèle de l’exposition, des ateliers d’initiation à des métiers seront proposés afin d’ouvrir des perspectives concrètes d’insertion. Une approche jugée essentielle pour sortir durablement ces enfants de la rue. Les organisateurs soulignent également le rôle clé des collectivités territoriales dans la gestion de cette problématique. «Nous travaillons avec les mairies, notamment celle de Golf Sud, car il s’agit d’une question de proximité. Les solutions doivent être construites avec les acteurs locaux», précise Abdou Wiang.

Toutefois, la question des statistiques reste un défi majeur. Entre des estimations allant de quelques milliers à plus de 100 000 enfants, les écarts témoignent d’un manque de données fiables. «Il est impératif que l’Etat mène une étude nationale approfondie pour disposer de chiffres précis et orienter efficacement les politiques publiques», plaident les acteurs. Dans un contexte marqué par l’urgence, la 2Ape appelle à une mobilisation générale. Médias, autorités, partenaires techniques et financiers, ainsi que citoyens, sont invités à soutenir cette initiative, afin de redonner espoir, dignité et avenir à ces enfants trop souvent oubliés.

latifmansaray@lequotidien.sn