Faire dialoguer l’expérience avec la réforme. C’est le pari de Moustapha Mamba Guirassy, qui a réuni plusieurs de ses prédécesseurs au sein d’un Conseil consultatif chargé d’éclairer le vaste chantier de refondation de l’école. Une initiative qui replace la mémoire des politiques éducatives au cœur de la construction de l’école de demain.
Par Badé SECK – «L’école sénégalaise ne s’écrira pas contre son histoire.» C’est le message qu’a voulu faire passer le ministre de l’Education nationale, Moustapha Mamba Guirassy, en réunissant autour d’une même table plusieurs de ses prédécesseurs. Une rencontre inédite qui marque l’installation du Conseil consultatif de l’éducation, une instance appelée à accompagner le vaste chantier de refondation de l’école sénégalaise. La rencontre a enregistré la participation d’anciens ministres de l’éducation nationale : Serigne Mbaye Thiam, Mamadou Talla, Cheikh Oumar Anne, Moussa Baldé, Mamadou Ndoye, Kalidou Diallo et Ibrahima Sall. «Une refondation qui ignorerait le chemin parcouru se condamnerait à répéter les erreurs du passé», a soutenu Moustapha Mamba Guirassy pour partager avec ses invités l’esprit de la rencontre. Pour lui, les politiques éducatives ne peuvent se construire dans la rupture permanente. Elles doivent s’appuyer sur les acquis, tirer les leçons des échecs et capitaliser les expériences accumulées au fil des alternances.
Le ministre est convaincu que les anciens responsables du département détiennent une mémoire que les rapports administratifs ne restituent pas toujours. «Cette expérience est un patrimoine national», dira-t-il, avant d’ajouter qu’aucune archive ne peut remplacer «la vérité que seule donne la pratique du pouvoir et de la décision». Cette démarche s’inscrit dans le processus de refondation de l’école sénégalaise engagé par les nouvelles autorités. «L’objectif dépasse la simple révision des programmes scolaires. Il s’agit de repenser en profondeur l’école sénégalaise : les savoirs qu’elle transmet, les langues qu’elle utilise, les valeurs qu’elle porte et les compétences qu’elle doit développer pour préparer les citoyens du Sénégal de 2050», dit le ministre.
Pour conduire cette réflexion, M. Guirassy de rappeler qu’un Comité scientifique structuré autour de cinq sous-comités, consacrés notamment aux finalités de l’école, aux langues d’enseignement, aux sciences et au numérique, à la gouvernance, ainsi qu’à la santé et au bien-être, est déjà mis en place. «Nous n’organisons ni un procès des réformes passées ni un exercice de bilan», a tenu à préciser Moustapha Mamba Guirassy. Ce qui est recherché, explique-t-il, ce sont des éclairages sur les réformes qui ont produit des résultats, les blocages qui persistent, les erreurs à éviter et les conditions indispensables pour qu’une réforme survive au temps et aux changements de gouvernance.
Pour le chef du département de l’Education, les contributions des anciens ministres ne resteront pas lettre morte. Elles seront analysées, synthétisées puis intégrées aux travaux du Comité scientifique chargé d’élaborer le diagnostic qui servira de socle à la future réforme. A travers cette initiative, le ministre entend également réhabiliter une certaine conception de l’action publique. Celle où la continuité de l’Etat prime sur les alternances politiques. «L’éducation est le seul domaine où la continuité de l’Etat se mesure à l’échelle des générations», a-t-il rappelé devant ses invités. Avant de plaider pour une mobilisation de toutes les compétences nationales autour de l’école, qu’il considère comme un bien commun au-dessus des clivages.
bseck@lequotidien.sn

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