29 ans après le massacre de 9 de ses fils par des hommes supposés appartenir au mouvement irrédentiste casamançais, le village de Djibanar (département de Goudomp) a renoué avec une mémoire douloureuse, hier mercredi 9 septembre. Ses habitants ont commémoré ce massacre par des prières, des témoignages, et en plantant 9 citronniers en souvenir de chacun des 9 morts et des 15 blessés. Une première qui se veut un rendez-vous perpétuel de souvenirs contre l’oubli.

Par Abdoulaye KAMARA – Le 9 septembre 1997, le village de Djibanar a enterré, au même moment, 9 de ses fils et évacué à l’Hôpital régional de Ziguinchor (56 km de là) 15 blessés, tous victimes d’une bande d’hommes armés supposés membres du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc). Hier 9 septembre 2026, ce chef-lieu de commune du département de Goudomp a commémoré cette date de sinistre mémoire. Au cimetière du village comme au site qui a enregistré ces morts et des blessés graves (au nombre de 15), l’émotion était palpable, audible, visible sur les regards, les mots, les mines et les soupirs.

Dans les prières prononcées au cimetière, dans les témoignages et récits des faits, dans les moments de silence comme dans la mise en terre de jeunes citronniers sur le site du sinistre, étaient perceptibles la douleur des familles, celle des rescapés qui traînent encore et toujours des cicatrices plus ou moins prononcées, mais aussi la compassion de toute la communauté qui s’est mobilisée pour rendre un hommage aux victimes. Moment particulièrement symbolique de la journée fut la plantation de 9 citronniers à la mémoire de chacun des disparus. Des plantes qui marquent la volonté de Djibanar de faire revivre ses disparus à travers la nature.

Ansoumana Mané, notable, a recommandé l’entretien et la protection de ces arbres dont le symbolisme est très fort. Il a ajouté : «Après le 9 septembre 1997, le village a vu 5 autres de ses enfants disparaître dans les mêmes conditions, tués par de supposés membres du Mfdc. Pour ceux-là également, des citronniers seront plantés dans leurs domiciles respectifs, et nous demandons aux familles de ne pas les laisser mourir.» Pour le maire de la commune, Ibou Diallo Sadio, «cette première commémoration, 29 ans après, n’est pas synonyme d’oubli. Le foyer est démoli, les tombes sont restées anonymes. C’était le temps et l’attitude nécessaires pour redonner confiance aux populations. Ce long silence nous a appris des leçons de vie : le bonheur et le malheur se côtoient comme des frères siamois dans la vie. Maintenant nous considérons que les jeunes ont le droit de savoir et d’en tirer des leçons de vie».

L’adjoint du Sous-préfet de l’arrondissement, qui a présidé la rencontre, exhorte les habitants de Djibanar à se retrouver chaque année pour honorer la mémoire des victimes. «Cela constitue un témoignage de solidarité, de compassion et de considération.» M. Diouf ajoute : «Ce jour n’est pas un jour ordinaire : c’est un jour de recueillement, de souvenirs et de réflexion. La mémoire des victimes nous impose des responsabilités : l’observance d’une paix définitive et le renforcement des liens qui unissent nos communautés.»

Djibanar donne rendez-vous à la communauté nationale le 9 septembre 2027. Avec l’espoir que les citronniers vont vivre et constituer le symbole d’un engagement collectif contre l’oubli.

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