Le système éducatif sénégalais traverse une zone de turbulences budgétaires. Dans un récent document, la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep) tire la sonnette d’alarme sur le retrait de certains grands bailleurs de fonds. L’organisation pointe du doigt les limites du modèle actuel, trop massivement orienté vers les dépenses de fonctionnement au détriment de l’investissement productif.
Par Dieynaba KANE – La Cosydep appelle les autorités «à repenser le financement du système dans un contexte économique marqué par le retrait de certains grands bailleurs». Dans un document, l’organisation de la Société civile, qui milite pour l’éducation, fait remarquer que «les limites du modèle actuel de financement de l’éducation, fortement orienté vers le fonctionnement au détriment de l’investissement productif, imposent un changement de paradigme». Selon les membres de cette organisation, «pour 2026, malgré des budgets historiquement importants, l’investissement ne représente encore que 7, 77% du budget du Men et 10, 10% du budget sectoriel, confirmant le caractère structurel de cette faiblesse». Cette situation, notent-ils, «indique une capacité limitée du Men à financer durablement les infrastructures et équipements nécessaires à l’amélioration de la qualité». Ainsi, la Cosydep recommande de «privilégier des budgets mieux distribués et plus sensibles à la vulnérabilité, l’optimisation des ressources existantes et le développement de mécanismes de financements innovants, adaptés au contexte de raréfaction de l’aide extérieure, à travers une justice fiscale en faveur des services sociaux de base».
Protéger l’école des tensions politiques
Dans le document, les auteurs insistent aussi sur «l’exigence d’améliorer les performances du secteur qui enregistre des taux d’échec et de décrochage préoccupants, en soutenant un environnement des apprentissages sain, sécurisé, répondant aux standards de qualité». Dans cette dynamique, ils ont encore attiré l’attention sur le besoin d’accélérer «l’amélioration de la qualité des apprentissages par l’éradication des abris provisoires, la réhabilitation systématique des écoles vétustes, l’extension du réseau scolaire, le renforcement du personnel enseignant et du mobilier scolaire, l’alimentation en milieu scolaire, l’intégration stratégique du numérique». Poursuivant leurs propos, ces acteurs de la Société civile font savoir que «l’environnement géopolitique invite à bâtir un modèle éducatif plus moderne et plus résilient face aux crises politiques et sécuritaires qui encerclent notre pays, sanitaires et environnementales qui découlent de l’action humaine sur la nature». Et de conseiller : «Les enjeux géopolitiques, les pressions économiques et les dynamiques internes appellent à une vigilance accrue. Intégrer pleinement les exigences géopolitiques et sécuritaires dans la gouvernance éducative, en développant des dispositifs de prévention et de gestion des crises, des programmes éducatifs adaptés aux enjeux de paix, de citoyenneté et de cohésion sociale.» Pour eux, «cela invite à accélérer la refondation annoncée du système qui devrait enfin impliquer l’adoption d’un code de l’enfant et la révision de la loi d’orientation de l’Education nationale devenue obsolète».
La Cosydep a en outre souligné l’importance pour les gouvernants de relever deux défis majeurs. Relevant que «l’inclusion dans l’éducation constitue une préoccupation de justice et d’équité sociales», les auteurs du document soulignent qu’elle «invite à bâtir des réponses plus coordonnées». De même, ils soutiennent qu’il faut «développer résolument une stratégie nationale concertée pour une meilleure inclusion des cibles les plus vulnérables (éducation en zones enclavées, frontalières et insulaires, prise en charge des enfants et jeunes jamais scolarisés, prématurément déscolarisés ou à besoins spéciaux, renforcement des sous-secteurs sous dotés tels que la petite enfance, le non formel, les daaras…)».
Urgence qualitative et refondation du système
Par ailleurs, la Cosydep s’est prononcée sur le contexte socio-politique qu’il faudra contrôler. D’après elle, «la prégnance d’un espace public, envahi par des jeux d’acteurs politiques, ne permet pas une correcte prise en charge des défis et paramètres soulevés». D’après cette organisation, «l’orientation du débat relègue au second plan des questions fondamentales de développement économique et social». De ce fait, elle «rappelle que ces dynamiques, quelles qu’elles soient, ne doivent en aucun cas détourner l’attention collective aux impératifs de stabilité sociale, de cohésion nationale et de renforcement des services publics essentiels au premier rang desquels l’éducation et la formation». Les membres de la Cosydep veulent que l’espace social soit assaini et que l’éducation soit replacée «au cœur des priorités absolues des débats de société, en protégeant l’école des tensions politiques». «Le pacte social, qui se veut de créer un climat paisible et stable, devrait aussi engager les acteurs politiques», ont-ils déclaré. La Cosydep, qui a réitéré «son engagement indéfectible en faveur d’une éducation publique inclusive et équitable, stable et protectrice, d’un système éducatif fondé sur la qualité», a dans la même veine réaffirmé «qu’aucune réforme durable ne peut réussir sans un dialogue constructif, une gouvernance transparente et des investissements adaptés». Elle invite ainsi «l’ensemble des acteurs à consolider les acquis et à relever les défis persistants, dans un esprit de responsabilité et de partenariat, pour un bon dénouement de l’année scolaire».
dkane@lequotidien.sn

Commentaires (0)
Soyez le premier à réagir.
Se connecter pour commenter