La Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (Dsc) a mis fin aux activités de la plateforme «Hicash», une entreprise de prêts illégaux opérant depuis Liberté 6. Avec plus de 100 000 victimes et un volume de transactions atteignant 3 milliards de F Cfa, ce réseau imposait des taux d’intérêt frôlant les 2800% l’an, tout en pratiquant un harcèlement numérique violent. Cinq responsables dont la Directrice générale, sont désormais entre les mains du Pool judiciaire financier.

C’est un coup de filet spectaculaire que vient de réaliser la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (Dsc). La plateforme «Hicash», véritable machine à broyer les épargnes, a été démantelée après avoir brassé plus de 3 milliards de F Cfa à travers un système de prêts usuraires et de harcèlement numérique. L’immeuble discret, situé à Liberté 6, cachait en réalité le centre névralgique d’une vaste entreprise criminelle. La société Level Technologie, opérant via l’application mobile Hicash, est aujourd’hui au cœur d’un scandale financier sans précédent au Sénégal. Entre décembre 2025 et avril 2026, une vague de plaintes a alerté les limiers de la Dsc sur les pratiques prédatrices de cette structure. Un mécanisme d’usure à 2800% l’an, note la Police nationale.

L’enquête a révélé un système d’exploitation particulièrement vicieux. Sous couvert de micro-crédits instantanés, «Hicash» piégeait ses clients avec des taux d’intérêt vertigineux. A titre d’exemple, pour un prêt sollicité de 10 000 F Cfa, l’usager ne percevait réellement que 6500 F après déduction immédiate de prétendus «frais de service». L’emprun­teur devait cependant rembourser l’intégralité de la somme initiale sous sept jours. Ce taux hebdomadaire réel de 53, 8% se traduit par un taux annuel prohibitif de près de 2800%, soit un gouffre colossal par rapport aux 35% annoncés frauduleusement par la plateforme.

Mais le calvaire des emprunteurs ne s’arrêtait pas aux intérêts. Dès le premier jour de retard, la machine de guerre de «Hicash» s’activait. Les enquêteurs ont découvert à Liberté 6 un véritable centre d’appel composé de 70 employés dont 60 agents dévolus exclusivement au «recouvrement agressif». En violation totale de la vie privée, les données personnelles (contacts, photos) étaient extraites des téléphones des usagers pour harceler et menacer non seulement l’emprunteur, mais aussi l’ensemble de son répertoire social.

Une logistique de guerre numérique

Le raid de la Dsc a permis de saisir un matériel impressionnant : des Simbox utilisées pour contourner les circuits de communication légaux ; des agrégateurs de paiement servant à masquer les flux financiers sur les plateformes ; plusieurs dizaines de millions de F Cfa en espèces ; un parc important d’ordinateurs et de téléphones portables. Les chiffres de l’exploitation donnent le tournis : plus de 100 000 demandes de crédits traitées pour un volume global de transactions dépassant les 3 milliards de F Cfa. Le préjudice provisoire est estimé à 1 milliard de F.

Déférés devant le Pool judiciaire financier

Exerçant sans aucune autorisation de la Banque centrale (Bceao), la Directrice générale de la structure et quatre de ses complices ont été déférés devant le procureur de la République près le Pool judiciaire financier. La Police nationale, à travers ce démantèlement, rappelle sa vigilance constante et invite la population à la prudence face aux offres de crédit trop alléchantes sur internet.