La décision du Conseil académique de l’Ucad de suspendre les amicales semble avoir envenimé la situation. Alors que le Rectorat et les dirigeants académiques déclarent que les cours pourront se poursuivre, le Collectif des amicales suspendues demande à la communauté estudiantine de rester chez elle et de rester à l’écoute de «ses dirigeants démocratiquement élus». Qui va remporter le bras de fer ?

Le Conseil académique de l’Ucad a décidé de suspendre provisoirement les amicales «jusqu’à nouvel ordre». Une mesure prise concomitamment à la volonté «d’assurer la continuité des activités pédagogiques et scientifiques, dans le respect du processus de normalisation du calendrier universitaire». Autres décisions prises par cette instance qui s’est réunie hier en urgence, c’est de «mettre en place un comité ad hoc chargé de formuler des propositions relatives aux modalités de représentation des étudiants au sein des instances universitaires, d’instituer des cellules d’écoute destinées à accompagner les différentes composantes de l’Ucad (étudiants, Per et Pats)». Le Conseil académique, qui a «réaffirmé son attachement indéfectible à la sécurité des personnes et à la préservation des biens dans l’espace universitaire», a aussi réitéré «son engagement en faveur de la manifestation de la vérité et du respect des principes qui fondent l’institution universitaire». Au préalable, le Conseil académique, «profondément affecté» par la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba, a tenu à «présenter ses condoléances émues à sa famille, à ses proches, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté universitaire».

Sitôt l’information rendue publique, les réactions à la décision du Conseil académique de l’Ucad de procéder à la suspension des amicales d’étudiants, avant leur dissolution programmée. Les premières concernées, les amicales, n’ont pas tardé à réagir.

Les étudiants parlent de décision irresponsable et autoritaire

Le Collectif des amicales de l’Ucad a jugé «irresponsable et autoritaire» la décision du Conseil académique de suspendre les organisations des étudiants. Dans un communiqué, ledit collectif constate que les autorités, en cette période de crise, veulent «faire taire les revendications estudiantines et étouffer la voix des étudiants pour faire passer des réformes qui sapent les acquis» de leur communauté. Le document ajoute que «cette décision montre la position des autorités de ne pas dialoguer et d’utiliser l’argument de la force institutionnelle». Ce qui, pour les étudiants, équivaut à «un aveu».

Le Collectif des amicales «rappelle aux autorités qu’il ne peut y avoir de continuité des activités pédagogiques sans l’ouverture préalable du campus social». Il explique que «la majorité des étudiants de l’Ucad n’ayant pas de parents à Dakar, il leur est impossible de poursuivre les activités pédagogiques sous quelque forme que ce soit sans un accès effectif au campus social. 2023 est un miroir» ! Tout le monde se souvient que l’Ucad avait failli connaître une année blanche, du fait de la longue fermeture du campus social. Les responsables des amicales demandent ainsi aux «étudiants de rester vigilants et de n’accepter aucune diversion».

D’après cette structure, «l’exigence suprême est de rendre l’autopsie de l’étudiant Abdoulaye Ba, avec la signature du procureur, à sa famille afin de faire toute la lumière sur les circonstances de son décès». Un point déjà acquis au moins. Ce qui ne les empêche pas d’avertir : «Les actes de torture et de vandalisme perpétrés par les Fds devant tout le Peuple ne peuvent échapper à la Justice.»

Les dirigeants de ces organisations renseignent que «trois membres du collectif sont toujours en détention, tandis que d’autres sont activement recherchés». Face à cette situation, le collectif appelle sa communauté «à rester chez elle et à ne céder à aucune pression venant des autorités». Et d’indiquer : «Aucune décision ne peut suspendre notre dignité syndicale. La voix de l’étudiant restera audible par l’intermédiaire de ses représentants choisis à la suite d’élections démocratiques. Le Collectif des amicales réitère son engagement indéfectible envers la vaillante communauté estudiantine.»

dkane@lequotidien.sn