En l’espace de quelques jours, l’enclave espagnole de Ceuta a été le théâtre d’une ruée migratoire sans précédent, avec l’entrée illégale à la nage de plus de 60 000 personnes depuis le Maroc. Alors que Madrid a déjà réacheminé plus de 48 000 d’entre elles et déployé l’Armée, le drame humain s’alourdit avec au moins 34 morts. L’événement provoque une vive onde de choc diplomatique au sein de l’Union européenne, incitant la France à quintupler ses effectifs policiers aux Pyrénées et certains Etats à réclamer la suspension de l’Espagne de l’espace Schengen.
L’enclave espagnole de Ceuta, située sur la côte nord du continent africain, traverse l’une des crises migratoires et sécuritaires les plus graves de son histoire moderne. En seulement quelques jours, quelque 60 000 personnes ont franchi la frontière maritime séparant le Maroc du territoire espagnol, la grande majorité d’entre elles ayant effectué la traversée à la nage, au péril de leur vie.
Cette vague soudaine a totalement saturé les centres d’accueil locaux et poussé le gouvernement de l’enclave au bord de la rupture. Le bilan humain est particulièrement lourd : selon la représentation du gouvernement espagnol à Ceuta, au moins 34 migrants ont trouvé la mort dans leurs efforts désespérés pour atteindre la rive, dont au moins 18 personnes noyées en mer.
Face à l’ampleur inédite de la situation, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s’est rendu en urgence sur place ce vendredi 31 juillet. S’exprimant devant la presse, le chef du gouvernement socialiste a fermement qualifié cet afflux massif d’«attaque» directe et de «violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne». «Le gouvernement de l’Espagne est aux côtés de la ville de Ceuta. Et nous comprenons l’émotion, la situation d’angoisse qu’ils vivent depuis ces dernières heures. Je qualifie ce qui s’est passé d’attaque, d’atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne», a déclaré le Premier ministre.
Afin d’épauler le gouvernement local débordé et d’assurer la sécurité du territoire, le ministère de l’Intérieur a ordonné le déploiement immédiat des Forces armées en renfort de la Garde civile. Les opérations d’interception et de reconduite s’engagent à un rythme soutenu : Madrid a annoncé vendredi soir que «plus de 48 300» migrants avaient d’ores et déjà quitté l’enclave pour regagner le Maroc. Selon les témoignages recueillis sur place, cet exode massif a été déclenché par une fausse rumeur propagée sur les réseaux sociaux, affirmant que les contrôles frontaliers entre le Maroc et Ceuta avaient été définitivement ouverts.
Cette désinformation s’est appuyée et a déformé un arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet dernier, lequel stipule que Madrid ne peut expulser directement des migrants arrivés par voie maritime sans procédure judiciaire préalable. Cette situation rappelle l’épisode de 2021, où des milliers de migrants avaient profité du relâchement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l’Espagne.
L’événement a instantanément provoqué de vives tensions diplomatiques au sein de l’Ue. Sous l’impulsion de l’Italie, qui a annoncé la fermeture temporaire de Schengen avec l’Espagne, plusieurs pays -soutenus par la Finlande et la Première ministre danoise Mette Frederiksen- demandent la suspension de l’Espagne de l’espace de libre circulation. De son côté, la présidente du Conseil européen, Ursula von der Leyen, a dénoncé des images «inacceptables» : « Il faut mettre fin immédiatement aux traversées dangereuses. Il faut démanteler les réseaux de passeurs. Et les expulsions doivent être rapides, comme le permettent nos règles», a-t-elle insisté.
Face au risque de reports de flux migratoires vers le reste du continent, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé, vendredi, la multiplication par cinq, d’ici samedi, du nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole, portant leur effectif supplémentaire à 334 agents. Ce dispositif exceptionnel comprend le triplement des moyens dès vendredi (184 policiers mobilisés) et l’engagement de trois avions de la Police aux frontières (Paf) pour la surveillance aérienne, combinés à un usage accru de drones et à une hausse des contrôles à bord des trains sur l’axe transfrontalier.
