L’émotion a pris le pas sur le protocole, hier à l’hôpital Dalal Jamm. Entre récits bouleversants de survivantes et plaidoyers pour un accès universel aux soins, la Première dame Marie Khone Faye a lancé les activités de sa fondation, Sénégal Solidaire, après deux ans d’attente. En posant la première pierre d’un centre dédié au dépistage précoce, elle entend briser le silence et la précarité qui entourent trop souvent le combat des femmes contre le cancer, et suivre les traces de ses prédécesseurs.
Après deux ans de tergiversations et de doute institutionnel, notamment du Premier ministre, qui n’était pas emballé par une telle perspective, la Première dame Marie Khone Faye a lancé hier sa fondation, Sénégal Solidaire. L’implication des premières dames du Sénégal dans le domaine social est une tradition solidement ancrée, chaque épouse de chef d’Etat ayant marqué son époque par la création d’une structure dédiée. Contrairement à ses successeurs, Colette Senghor n’avait pas créé de fondation privée à son nom. Son action sociale passait essentiellement par le Comité national de solidarité, une structure très liée à l’appareil d’Etat. Elle s’investissait principalement dans l’aide aux démunis et le soutien aux œuvres caritatives catholiques, tout en restant dans l’ombre du Président Léopold Sédar Senghor.
C’est avec Elisabeth Diouf que l’action de la Première dame s’institutionnalise sous une forme associative privée : créée en 1992, «Solidarité partage», avec des missions principalement axées sur la santé et l’éducation. Sa fondation a été pionnière dans l’achat de scanners pour les hôpitaux publics et la construction de postes de santé en zone rurale. Elle a marqué les esprits par l’organisation de grands galas de bienfaisance pour lever des fonds, une méthode alors inédite au Sénégal.
Infirmière de formation, Viviane Wade a donné une dimension plus technique et spécialisée à son engagement social avec la fondation «Education-santé», s’illustrant dans la lutte contre le paludisme, les maladies respiratoires et la promotion de la santé maternelle. On lui doit la construction de l’Hôpital de Ninéfécha dans la région de Kédougou, un établissement moderne en pleine zone enclavée, ainsi que la promotion de l’utilisation de la plante Artemisia contre le paludisme.
Première dame d’origine sénégalaise (native), Marième Faye Sall a mis l’accent sur une action de proximité et de solidarité religieuse et sociale via Servir le Sénégal, avec la construction et la rénovation de mosquées et d’églises, l’appui aux pèlerins (Mecque et Rome), la distribution de vivres lors du Ramadan et le soutien direct aux familles vulnérables. Son style ? Une approche très axée sur le social direct («le social de proximité») avec des interventions rapides pour le financement d’opérations chirurgicales à l’étranger ou l’équipement de centres d’hémodialyse.
Dernière-née de cette lignée, la fondation de l’actuelle Première dame semble vouloir allier continuité sociale et rigueur structurelle. La Fondation Sénégal Solidaire commence par le dépistage précoce du cancer, l’autonomisation économique des femmes et l’éducation. Elle s’inscrit dans une volonté de «rupture» en ciblant des projets d’infrastructures lourdes (comme le Centre national de dépistage) pour pérenniser l’accès aux soins au-delà de la simple aide ponctuelle.

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