Afin d’accélérer la réforme de sa protection sociale en santé, le Sénégal s’attelle à bâtir un système national intégré. Réunis à Dakar pour un atelier technique de trois jours, les acteurs du secteur planchent sur la définition d’un paquet de soins minimum, l’harmonisation des dispositifs existants et la garantie d’une soutenabilité financière, avec l’ambition d’offrir un accès équitable aux soins pour chaque citoyen.

Par Amadou MBODJI – Le Sénégal veut accélérer la réforme de sa protection sociale en santé en misant sur un système national intégré de couverture du risque maladie. Les principaux acteurs du secteur se sont réunis à Dakar pour un atelier technique de trois jours. L’objectif : examiner les mécanismes à mettre en place pour harmoniser les dispositifs existants, définir un paquet de soins minimum et garantir à chaque citoyen un accès équitable et durable aux soins.

Organisée par le ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, avec l’appui de la Banque mondiale et du Bureau international du travail (Bit), cette rencontre vise à fixer les orientations d’un système plus solidaire. Pour Dr Amadou Diaw, directeur de cabinet du ministre de la Famille, de l’action sociale et des solidarités, la définition d’un panier de prestations constitue le pilier fondamental de cette ambition. « Il est essentiel et fondamental de déterminer un paquet de soins minimum sur lequel l’État va apporter un certain nombre de garanties », a-t-il affirmé. Ce socle commun fixera les prestations minimales auxquelles chaque Sénégalais pourra prétendre.

Harmoniser des dispositifs morcelés

Le représentant gouvernemental insiste toutefois sur le fait que cette démarche doit être inclusive. Le Sénégal dispose déjà de plusieurs instruments, à l’instar du Code de protection sociale et des programmes portés par l’Agence sénégalaise de la couverture sanitaire universelle, sans compter les mutuelles de santé et les régimes professionnels. «Aujourd’hui, il s’agit de rassembler l’ensemble des parties prenantes — notamment les mutuelles et les organisations professionnelles — pour harmoniser les interventions », a expliqué le Dr Diaw. L’enjeu est de dépasser un modèle historiquement centré sur les seuls travailleurs salariés pour bâtir un système véritablement universel, adapté aux réalités de toutes les couches sociales.

Exigence de soutenabilité financière et défi numérique

L’autre préoccupation majeure de la réforme concerne la viabilité économique du futur dispositif. Une couverture universelle ne peut s’inscrire dans la durée que si elle repose sur un mécanisme rigoureusement équilibré. «C’est un système qui repose sur la mutualité et la solidarité, mais il doit aussi être bancable. On ne peut pas laisser le système aller dans tous les sens ; il faut penser sa viabilité financière et sa durabilité », a prévenu le Directeur de cabinet, rappelant que le paquet de soins minimum permettra justement de cadrer la prise en charge en fonction des capacités budgétaires du pays.

Au-delà de l’ingénierie financière, la réforme intègre un volet technologique crucial : l’interopérabilité des systèmes d’information. Il s’agit d’uniformiser les outils informatiques et les procédures de référencement des différentes structures sanitaires afin de simplifier le parcours des usagers. « Il est important de rendre ces différents systèmes interopérables pour que le malade bénéficie du même parcours, quelle que soit l’institution sanitaire à laquelle il s’adresse », a précisé le responsable.

Les travaux de cet atelier doivent également permettre de partager les résultats de plusieurs études prospectives. Ces données serviront à éclairer la prise de décision et à sceller un consensus entre les acteurs. Pour Dr Amadou Diaw, la réussite de ce chantier reposera sur un équilibre subtil entre universalité de l’accès, harmonisation des structures, encadrement des soins, soutenabilité financière et modernisation technologique. La balle est désormais dans le camp des décideurs pour transformer ces orientations stratégiques en mécanismes opérationnels au bénéfice direct des populations.

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