Réunis en Assemblée générale d’information hier, les employés de Dakarnave ont exprimé leur vive inquiétude face au processus de transition vers le nouveau concessionnaire, la société danoise Dymond. Entre absence de transparence et marginalisation des partenaires sociaux, les délégués exigent des garanties fermes avant le 1er mars.

Par Justin GOMIS – L’ambiance était électrique hier dans l’enceinte de Dakarnave. Les travailleurs, mobilisés derrière leurs délégués, ont tenu à marquer leur territoire.

Face à l’arrivée imminente du nouveau repreneur, le groupe danois Dymond, un sentiment d’exclusion prédomine. «Ils sont déterminés à défendre leur outil de travail au prix de leur vie», a prévenu d’emblée Abass Fall, Secrétaire général du Syndicat des travailleurs de Dakarnave (Satnav).

Au cœur du grief : la gestion du dossier de concession par les autorités. Les représentants du personnel dénoncent des «zones d’ombre» et des «non-dits» dans la phase de préparation et de lancement de l’appel d’offres. Pour le Satnav, les intérêts des travailleurs ont été sacrifiés sur l’autel des intérêts exclusifs de l’Etat.

«Nous exigeons la publication du dossier d’appel d’offres et la transparence sur le dépouillement», martèle Abass Fall. Les travailleurs réclament l’ouverture immédiate de discussions sur des points non négociables : le maintien des emplois (Cdi, Cdd et saisonniers), la préservation des acquis sociaux, l’habitat social et, surtout, une participation au capital de la nouvelle société.

Un processus jugé opaque

Le calendrier presse. L’attribution provisoire est entrée dans sa phase critique. Sur les 45 jours prévus, 15 se sont déjà écoulés. L’échéance du 1er mars, date annoncée pour le démarrage du nouveau concessionnaire, inquiète les syndicats qui préconisent plutôt une transition débutant dès le 1er janvier pour éviter de «repartir à zéro».

La menace est claire : si les préoccupations sociales ne sont pas réglées, aucune nouvelle entreprise ne prendra possession des lieux. «Ce n’est pas à négocier», prévient le leader du Satnav, soutenu par l’intersyndicale.

L’appel à l’actionnariat ouvrier

Venu prêter main-forte au syndicat, Pape Birame Diallo, chef du département dialogue social de l’Unsas, a prodigué des conseils stratégiques aux employés. Pour lui, la survie des acquis passe par une présence dans les instances de décision. «Si vous n’êtes pas dans le processus décisionnel, vous serez toujours marginalisés», a-t-il averti. L’Unsas plaide pour que les travailleurs siègent au Conseil d’administration en bénéficiant d’une quote-part des actions détenues par l’Etat (estimées entre 20 et 30%). «L’Etat doit engager des partenaires pour que les travailleurs détiennent une part du capital. C’est ainsi qu’ils auront les bonnes informations sur ce que l’entreprise peut réellement faire.»

A quelques semaines de la date butoir, la balle est désormais dans le camp du Sirn (Société des infrastructures de réparation navale) et des autorités étatiques dont le silence actuel alimente le feu de la contestation sur les chantiers navals de Dakar.

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