Trois ans après le début d’un bras de fer éprouvant, et malgré la signature d’un Pacte de stabilité sociale en mai 2025, le Collectif des agents municipaux du Sénégal (Cams) dénonce le blocage des revalorisations salariales. Face à des décrets qui peinent à se traduire sur les bulletins de paie et des rappels de salaire toujours en attente, les travailleurs municipaux exigent une intervention immédiate de l’Etat, sous peine de paralyser à nouveau les mairies du pays.
Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Dans les couloirs des mairies, comme derrière les guichets de l’état civil, la colère gronde. Après trois années de lutte menées «avec dignité et sérénité», les agents des collectivités territoriales constatent, avec amertume, que les promesses de revalorisation tardent à se concrétiser. Réunis face à la presse ce lundi, les membres du Collectif des agents municipaux du Sénégal (Cams), portés par la voix de leur présidente, Anta Diakhaté Ndao, ont tenu à rappeler que leurs revendications ne relèvent ni du caprice ni de la surenchère. «Nous exerçons un Droit constitutionnel pour des motifs légitimes, adossés à des textes réglementaires clairs», a-t-elle martelé.
Un décalage persistant entre annonces et réalité
Au cœur du litige, se trouvent l’application effective du statut de la fonction publique locale et la correction des disparités de traitement entre agents publics. Si des avancées ont été actées -notamment le relèvement du point indiciaire de 5%, la hausse des primes de santé et l’augmentation des indemnités de logement-, la réalité du terrain est tout autre.
Le Pacte de stabilité sociale, signé le 1er mai 2025, censé apaiser le climat social, semble aujourd’hui fragilisé. Selon le collectif, les décrets 2025-16/18 et 2025-16/19 peinent à produire leurs effets. Les rappels de salaire attendus depuis mai 2025 demeurent impayés pour une large partie des effectifs, tandis que les agents non fonctionnaires ne bénéficieraient que d’une application partielle des mesures.
Un appel à la dignité professionnelle
Au-delà des chiffres, c’est la reconnaissance du service rendu qui est en jeu. «C’est grâce à notre travail quotidien que les citoyens obtiennent leurs actes d’état civil. C’est nous qui mobilisons les ressources locales», rappelle le collectif, déplorant également l’absence de gestion transparente des carrières (avancements, reclassements) promise depuis la loi de 2011.
Pour sortir de l’impasse, le Cams propose des solutions concrètes : la mise en place d’une plateforme de paie sécurisée, l’harmonisation des cotisations à l’Ipres, la migration des fonctionnaires territoriaux vers le Fnr (Fonds national de retraite) et une équité stricte dans l’octroi des indemnités.
L’ultimatum des agents
Le ton se durcit, et la patience s’effrite. Mactar Kane, vice-président du collectif et agent à la mairie de Sahm Notaire, refuse que les travailleurs soient «l’agneau du sacrifice» des lenteurs administratives. «Nous exigeons une satisfaction totale. A défaut, nous retournerons en grève. Nous ne pouvons accepter que l’Etat reste inerte sans explication», prévient-il. Le collectif appelle désormais le président de la République à instruire directement les maires, les percepteurs et les services du Trésor pour un déblocage immédiat des fonds. Sans un signal fort du sommet de l’Etat, les mairies du Sénégal pourraient replonger dans une paralysie totale, compromettant gravement la mobilisation des recettes locales et l’exécution budgétaire des communes.
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