A l’occasion d’un point de presse consacré à la situation des relations professionnelles et au climat social, le ministre de la Fonction publique, du travail et de la réforme du service public, Mamadou Lamine Dianté, est revenu sur le suivi des accords sociaux tout en dévoilant les grandes étapes de la mise en œuvre des récents codes du Travail et de la Sécurité sociale.

Après la promulgation des deux nouveaux textes le 3 septembre 2026 et leur publication au Journal officiel mi-septembre, le ministre a annoncé l’élaboration de plus d’une cinquantaine de textes d’application (décrets et arrêtés). «Nous avons sur la table plus d’une cinquantaine de textes d’application qui concernent aussi bien le Code du travail que le Code de sécurité sociale», a déclaré Mamadou Lamine Dianté.

Il a toutefois rassuré les partenaires sociaux en précisant que ces projets ne seront pas publiés sans concertation préalable : «Nous n’allons pas les publier tant que les débats n’ont pas lieu dans les instances dédiées avec l’ensemble des partenaires sociaux, les travailleurs et les employeurs.» Selon lui, la publication des textes fondamentaux ne ferme pas la porte au dialogue, mais ouvre au contraire une nouvelle phase d’échanges sur leurs modalités pratiques.

Réformes clés : liberté syndicale et conseils d’administration

Le ministre a profité de la rencontre pour apporter des éclaircissements sur plusieurs points cardinaux de la réforme : désormais, la simple déclaration de création d’un syndicat permettra d’entamer des activités sans attendre la délivrance d’un récépissé. Toutefois, M. Dianté a rappelé que «la liberté syndicale ne signifie pas aller en grève tout le temps», insistant sur le fait que le droit de grève demeure strictement encadré par la loi.

Il assure que la réduction du nombre de membres des conseils d’administration (passant de 22 à 14 membres, à parité égale entre 7 représentants des travailleurs et 7 des employeurs), répond à une exigence de mise en conformité avec la Conférence interafricaine de la prévoyance sociale (Cipres). «Ce n’est pas une volonté de l’Etat. Quand on doit les transposer dans notre loi, on est obligé de transposer tout ce que la Cipres a dit», a-t-il expliqué.

Prenant la parole lors de ce point de presse, la Directrice générale du travail et de la sécurité sociale, Ramatoulaye Niang Fall, a détaillé les innovations emblématiques apportées par les nouvelles législations : pour le nouveau Code du travail, il y a l’extension du congé de maternité de 14 à 18 semaines ; le renforcement de la protection contre le harcèlement et toutes formes de discriminations ; la consécration du droit de retrait en cas de danger grave et imminent, et l’encadrement légal du télétravail, du contrat occasionnel, du travail temporaire et du chômage technique. Pour le nouveau Code de la sécurité sociale : extension de la couverture sociale aux travailleurs indépendants et à l’économie informelle grâce à des démarches simplifiées d’immatriculation et de recouvrement ; renforcement des pouvoirs des inspecteurs du Travail et de la sécurité sociale et modernisation globale de la gouvernance des institutions de prévoyance sociale. Mme Niang Fall a toutefois souligné que le défi majeur reste désormais celui de l’application sur le terrain : «Certes, il est bien d’adopter des textes, mais le problème majeur est la mise en œuvre.»

Une réunion au sommet du Comité de pilotage le 15 octobre

Sur le plan du dialogue tripartite, le Premier ministre convoquera, le 15 octobre 2026, le Comité de pilotage du Pacte national de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable (Pnss-Cid), signé le 1er mai 2025. Pour la première fois, l’ensemble des ministres concernés participeront à cette instance afin de faire le point complet sur le respect des engagements pris par l’Etat. Ce rendez-vous permettra également de tracer la feuille de route gouvernementale ‘octobre 2026 à mars 2027. Par ailleurs, le rythme de ces réunions de suivi sera accéléré : le Comité de pilotage se réunira désormais au moins tous les trois mois (contre une fois par an auparavant), et des comités techniques seront mis en place pour résorber les retards dans l’exécution des accords.

Mamadou Lamine Dianté a rappelé la détermination du gouvernement à honorer tous ses engagements, revenant sur plusieurs dossiers clés : les indemnités dues aux enseignants pour la correction des épreuves d’examen seront payées «dans les meilleurs délais», suite aux récentes instructions du chef du gouvernement.

Les négociations sont abouties à 99%, avec un accord quasi finalisé sur l’indemnité de logement des agents contractuels. Pour les entreprises publiques, M. Dianté annonce que le dialogue se poursuit concernant la réintégration de travailleurs licenciés, notamment au Port autonome de Dakar et dans le secteur minier.

Le ministre du Travail a lancé un vibrant appel à la responsabilité collective : «Même s’il arrive qu’il y ait un désaccord, il faut poursuivre le dialogue pour trouver une solution aux préoccupations.» A l’approche des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj) Dakar 2026, il a invité l’ensemble des partenaires sociaux à un «sursaut national» afin de préserver la stabilité du pays. «Restons autour de la table. Le Sénégal est connu en tant que pays de dialogue. Continuons à dialoguer», a-t-il exhorté.