Le 31 décembre 2025, plusieurs déclinaisons musicales de Mtv cesseront définitivement d’émettre en France et dans de nombreux pays européens, confrontées à la domination des plateformes de streaming et des réseaux sociaux.

Paramount Global, propriétaire de la marque après sa fusion avec Skydance, a confirmé cette décision qui touche Mtv Hits, Mtv 80s, Mtv 90s, Club Mtv et d’autres flux thématiques. Seule la chaîne phare Mtv Hd pourrait subsister sur certains marchés, mais recentrée sur la télé-réalité et le divertissement, plutôt que sur les clips. En France, où Mtv a débarqué en 2000, cette fermeture marque la disparition d’un rendez-vous quotidien pour toute une génération.

Une révolution lancée avec un clip prophétique

Tout commence le 1er août 1981 aux Etats-Unis : Mtv s’ouvre sur Video Killed the Radio Star des Buggles, un titre qui annonce déjà la couleur. La chaîne transforme la musique en spectacle visuel permanent, boostant des carrières comme celle de Madonna, avec sa performance sur Like a Virgin aux Vmas de 1984, ou la première diffusion mondiale de Thriller de Michael Jackson. Présente en Europe depuis 1987, et plus tard en France, Mtv s’impose avec des présentateurs charismatiques et des émissions innovantes, alors qu’Internet en était encore à ses débuts. Kirsty Fairclough, professeure spécialisée en culture populaire à l’université de Manchester Metropolitan, explique à l’Afp que «Mtv définissait la culture des jeunes», influençant la mode, le cinéma et les tendances musicales. En France, la version locale lancée en 2000 devient un laboratoire créatif. Mouloud Achour et China Moses animent Mtv Select, un rendez-vous quotidien sans filtre où ils reçoivent des artistes comme Diam’s. «Sérieuse­ment, Mtv m’a tout appris», confie au Monde Mouloud Achour, désormais à la tête de# Clique# sur Canal+. China Moses, elle, souligne le symbole fort pour l’époque : voir un animateur kabyle de Clichy-sous-Bois et une Afro-Américaine de Garges-lès-Gonesse en direct tous les soirs.

Le virage vers la télé-réalité et les émissions cultes

Dès les années 2000, la musique laisse progressivement place à des formats plus rentables. Jackass arrive en tête des programmes marquants : Johnny Knoxville et sa bande transforment les cascades idiotes en phénomène mondial, inspirant même des adaptations comme Les Onze Commandements de Michaël Youn en France. L’émi­ssion Pimp My Ride suit, avec Xzibit qui métamorphose des voitures délabrées en monstres tunés absurdes dotés d’aquariums, de jacuzzis et de consoles. Next révolutionne le dating télévisé : un bus rempli de prétendants, et un simple «Next !» pour passer au suivant, avec des descriptions hilarantes devenues cultes. L’une des plus célèbres et qui a eu droit à plusieurs déclinaisons est Catfish. Lancée en 2012 d’après le documentaire de Nev Schulman, l’émission explore les tromperies amoureuses en ligne. Le programme, annulé après neuf saisons en 2025, popularise le terme «catfish» pour désigner les usurpations d’identité numérique, un délit pénal en France. D’autres formats comme Punk’d (caméras cachées sur des stars par Ashton Kutcher), Room Raiders ou Mon Incroyable Anniversaire complètent un catalogue trash et addictif qui attire les ados.

Mais l’audience s’effrite inexorablement. Au Royaume-Uni, Mtv Music ne touche plus que 1, 3 million de foyers en juillet 2025, contre plus de 10 millions au début des années 2000, rapporte l’organisme britannique de mesure d’audience. YouTube, TikTok, Spotify et Deezer ont pris le relais pour la découverte musicale. Comme le note l’essayiste Paul Vacca au micro du# podcast de France Culture, les chansons s’adaptent désormais à un format plus court, structuré autour d’accroches immédiates plutôt que de refrains classiques. Cette fermeture n’efface pas l’héritage : les archives de clips et d’émissions restent précieuses, et certains anciens présentateurs appellent Paramount à les rendre accessibles. La marque Mtv survivra via ses événements comme les VMAs ou les plateformes numériques, mais le «M» de Music Television s’éteint bel et bien sur les ondes linéaires.

Le Point