La capitale du Sénégal oriental s’apprête à vibrer au rythme de la culture africaine. Le 9 juin 2026, la ville de Tambacounda accueillera la 19e édition de la commémoration de l’illustre cinéaste et écrivain Ousmane Sembène. Organisé par «Daaray Sembène» -Université populaire numérique Sembène Ousmane (Upnso), sous l’égide du ministère de la Culture, cet événement d’envergure internationale placera le panafricanisme et le dialogue interculturel au centre des célébrations, avec la Mauritanie comme invitée d’honneur.
L’Alliance française de Tambacounda sera, dès 9 heures ce mardi 9 juin, le point de ralliement de tous les amoureux de la culture, du septième art et de la littérature africaine. Pour sa 19e édition, l’hommage rendu à celui que l’on nomme affectueusement le «père du cinéma africain» s’articulera autour d’un thème fort et d’une brûlante actualité : «Panafricanisme et héritage en dialogue interculturel.» Pour marquer le coup et renforcer les liens fraternels qui unissent les peuples, la République islamique de Mauritanie est conviée à cette édition en qualité de pays invité d’honneur.
Un carrefour de générations et d’expertises
Preuve de l’impact intemporel de l’œuvre de Sembène, la cérémonie réunira un public d’une grande diversité. Autorités administratives, universitaires et culturelles côtoieront des artistes, écrivains et acteurs du développement culturel. Mais la transmission étant au cœur du projet de l’Upnso, une place de choix sera réservée à la jeunesse (étudiants, élèves), ainsi qu’aux associations féminines, venues des quatre coins du Sénégal.
L’un des sommets intellectuels de la journée sera incontestablement la Leçon inaugurale, animée par M. Abdoulaye Racine Senghor, écrivain, ancien directeur de Cabinet au ministère de la Culture et Grand-Croix de l’Ordre national du Lion. Ce dernier fera vibrer l’auditoire autour d’un sujet crucial : «La sauvegarde des valeurs humaines dans la culture africaine.»
Par ailleurs, le volet de l’engagement citoyen sera incarné par le célèbre artiste-compositeur sénégalais Abdou Guité Seck, qui sera mis à l’honneur pour ses actions constantes en faveur de la culture et de l’éducation.
Un programme riche entre lettres, cinéma et distinctions
L’organisation a concocté un agenda dense et immersif pour faire vivre l’héritage de l’auteur comme le Marathon-lecture, moment de communion littéraire entièrement consacré au chef-d’œuvre romanesque de Sembène, Les Bouts de Bois de Dieu, et la pédagogie par l’image et le verbe avec des projections d’extraits de films du cinéaste, ainsi qu’une démonstration de lecture par les brillants apprenants de «Daaray Sembène». La traditionnelle cérémonie de distinctions honorifiques «Njukkël-Reconnaissance» viendra saluer des parcours inspirants. En clôture, une grande soirée populaire de cinéma offrira au public la projection de Moolaadé, l’une des œuvres cinématographiques les plus engagées et majeures de Ousmane Sembène.
A travers ce grand rendez-vous, l’institution réaffirme sa mission essentielle : promouvoir la lecture, stimuler le dialogue interculturel, et assurer la transmission des valeurs africaines pour rapprocher les peuples autour de l’immense legs social et artistique de Ousmane Sembène.
Ousmane Sembène, une vie sous les projecteurs
Celui que l’on nomme aujourd’hui l’«aîné des anciens» ou le «père du cinéma africain» n’était pas destiné aux salons feutrés de la culture. Né en 1923 à Ziguinchor, en Casamance, Ousmane Sembène a forgé son esprit critique et son art à l’école de la vie et de la lutte sociale. D’abord pêcheur, puis maçon et mécanicien à Dakar, il est mobilisé durant la Seconde Guerre mondiale dans l’armée coloniale française. En 1946, il embarque clandestinement pour la France et s’installe à Marseille. C’est là, comme docker sur les quais du port et syndicaliste actif à la Cgt, qu’il commence à écrire pour donner une voix aux opprimés.
Du roman à la caméra : l’urgence de parler au Peuple
Son premier grand succès littéraire, Les Bouts de bois de Dieu (1960), retrace la grève historique des cheminots de la ligne Dakar-Niger. Mais Sembène comprend vite les limites de l’écrit dans un continent africain alors majoritairement analphabète. Pour toucher le Peuple, il doit utiliser l’image. A près de 40 ans, il part étudier le cinéma à Moscou et signe, en 1966, La Noire de…, considéré comme le tout premier long métrage de fiction d’Afrique subsaharienne. Suivront des chefs-d’œuvre incontournables comme Le Mandat, Xala, Camp de Thiaroye ou encore son testament cinématographique, Moolaadé (2004), une charge puissante contre l’excision.
Sembène a passé ses dernières années dans sa célèbre maison baptisée «Galle Ceddo» (La demeure de l’homme libre/du rebelle, en wolof), située à Yoff. Cette maison, véritable lieu de création où il conservait ses manuscrits, ses bobines de films et sa collection de pipes, fait aujourd’hui l’objet de projets de réhabilitation pour devenir un musée et un centre d’archives afin de préserver son immense héritage culturel.
A l’âge de 84 ans, Ousmane Sembène s’est éteint à Dakar un 9 juin 2007, date précise choisie aujourd’hui par l’Upnso pour commémorer son héritage. Homme de conviction, il a utilisé sa plume et sa caméra comme des armes de libération culturelle et de décolonisation des esprits, laissant derrière lui une œuvre profondément panafricaine qui continue d’inspirer les nouvelles générations.
