Entre satisfaction et vigilance, Humanité & inclusion tire le bilan du dispositif d’éducation inclusive au Sénégal. Si les candidats en situation de handicap affichent un excellent taux de réussite de près de 90% au Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) cette année, la fin prochaine du projet fait peser une lourde incertitude sur le maintien des Auxiliaires de vie scolaire (Avs), pivots essentiels de cet accompagnement.

Par Amadou MBODJI – Les élèves en situation de handicap continuent d’afficher des résultats hautement encourageants au Sénégal. Dans le cadre du dispositif d’inclusion, leur taux de réussite à l’examen du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) a atteint près de 90% pour la présente année scolaire, après le remarquable score de 100% enregistré lors de la session précédente.

Pour Aïcha Diamé, coordonnatrice du projet Education inclusive et Formation professionnelle (Ei/Fp) à l’Ong Humanité & inclusion, ces performances prouvent que ces enfants disposent des mêmes capacités de réussite que leurs camarades, à condition de bénéficier d’un accompagnement adapté. Intervenant hier à la Sphère ministérielle de Diamniadio lors du Comité de pilotage intersectoriel des projets Ei/Fp et Eh², la coordonnatrice s’est félicitée de la tendance : «Nous enregistrons actuellement un taux de réussite de 90% au Cfee au niveau de Dakar, Ziguinchor, Pikine, Rufisque et Guédiawaye. Ces résultats démontrent que ces enfants ont les compétences et la possibilité de réussir comme tous les autres. Il faut leur donner la chance de réaliser leur projet de vie et d’être pleinement inclus dans la société. Pour cela, nous devons les placer dans des conditions adéquates, avec des ressources humaines et pédagogiques adaptées.»

Au-delà des infrastructures accessibles, Aïcha Diamé insiste sur le rôle déterminant des Auxiliaires de vie scolaire (Avs), qui accompagnent au quotidien les élèves présentant des déficiences parfois lourdes. C’est précisément sur ce point que se concentrent les inquiétudes. Alors que le projet entre dans sa dernière phase après près de dix années de mise en œuvre, l’avenir de ces accompagnateurs demeure incertain, au moment même où nombre d’élèves suivis intègrent le cycle moyen et préparent le Brevet de fin d’études moyennes (Bfem). «Il est crucial que ces auxiliaires de vie scolaire puissent continuer à évoluer dans le système afin de poursuivre leur mission», plaide la coordonnatrice, qui interpelle directement les pouvoirs publics : «L’Etat doit désormais prendre le relais et les recruter. Sous quelle forme ? Peut-être comme personnel communautaire ou via un autre statut. Mais ils doivent impérativement rester dans le dispositif et demeurer disponibles, car certaines déficiences lourdes rendent leur présence indispensable.»

Actuellement déployés à Dakar, Pikine, Rufisque et Ziguinchor, ces Avs optimisent leur impact en prenant chacun en charge plusieurs enfants, sécurisant ainsi leur parcours scolaire. Parallèlement, la responsable a mis en lumière le projet «Innodata/Handicap», une initiative innovante visant à optimiser la collecte de données statistiques sur les élèves à besoins spécifiques. Reposant sur l’utilisation du Module de fonctionnement de l’enfant-version enseignante (Cfm-Tv), cet outil permet aux équipes pédagogiques d’identifier avec précision les limitations fonctionnelles des élèves pour y adapter leurs pratiques. A ce jour, près de 5000 enfants répartis dans 15 établissements ont été intégrés à cette base de données. Les informations recueillies ont vocation à alimenter le système d’information du ministère de l’Education nationale afin de mieux orienter les futures politiques publiques.

Pour Aïcha Diamé, ces avancées n’auront toutefois d’impact réel que si les conditions d’une inclusion durable sont institutionnalisées. «Il faut simplement leur offrir un environnement favorable : des ressources humaines stables comme les Avs, du matériel pédagogique adapté et des infrastructures scolaires enfin accessibles», conclut-elle.

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