Lansar Auto a contesté hier la cession à la Primature de 27 véhicules saisis par l’Office national de recouvrement des avoirs criminels (Onrac). Selon son conseiller juridique, Gorgui Dia, seuls 17 ont été immatriculés au nom de l’Administration, les dix autres l’ayant été au nom d’entreprises et de particuliers. Présent aux côtés de l’entreprise, le Forum du justiciable dénonce une opération contraire à la loi.

Par Malick GAYE – Sur les 27 véhicules provenant du parc de Lansar Auto et cédés à la Primature par l’Office national de recouvrement des avoirs criminels (Onrac), seuls 17 sont immatriculés au nom de l’Administration publique, a affirmé hier Gorgui Dia, conseiller juridique de la société. Les dix autres ont été immatriculés au nom de sociétés privées et de particuliers. Pour Lansar Auto, la transaction est entachée d’illégalités : le Code de la commande publique interdit aux ministères et institutions de l’Etat d’acheter des véhicules d’occasion, imposant l’acquisition de véhicules neufs auprès de concessionnaires agréés. Le conseiller juridique, qui affirme détenir l’identité exacte des dix personnes physiques et morales figurant sur les cartes grises, demande aux autorités de clarifier d’urgence cette situation.

«Cession illégale» et présomption d’innocence

Allant dans le même sens, Babacar Ba, président du Forum du justiciable, rappelle la distinction fondamentale entre une saisie et une confiscation. Selon lui, la confiscation n’intervient qu’après une décision de Justice définitive, moment où les biens entrent «directement dans le patrimoine de l’Etat du Sénégal». Avant ce jugement final, les biens appartiennent à des citoyens présumés innocents. «Si vous opérez une simple saisie, vous ne pouvez pas vendre les biens», martèle-t-il, soulignant que l’exception légale liée au risque de détérioration matérielle ne s’appliquait pas à ces véhicules.

M. Ba s’insurge également contre le schéma de revente entre structures publiques : la Justice confie les biens saisis à l’Onrac qui les cède ensuite à une autre entité publique, en l’occurrence la Primature. «C’est un scandale», dénonce-t-il, rappelant que l’Onrac ne peut procéder à aucune vente sans une ordonnance préalable du juge : «L’Onrac ne peut pas vendre tant qu’il n’y a pas d’autorisation explicite.» Il interpelle ainsi directement le magistrat en charge du dossier ainsi que le ministre de la Justice, tutelle de l’office avec le ministère des Finances.

Le président du Forum du justiciable rappelle par ailleurs que l’Onrac a été créé sous l’impulsion du Groupe d’examen de la Convention des Nations unies contre la corruption. A ses yeux, violer la loi dans le cadre de son fonctionnement constituerait «une honte pour l’Etat du Sénégal». L’enjeu dépasse ce dossier particulier : d’autres justiciables, démunis ou sans défenseurs pourraient subir les mêmes abus.

Un écart de 9 véhicules et 10 voitures introuvables

Lansar Auto conteste également les chiffres officiels du décompte. Selon l’entreprise, 97 véhicules ont été saisis à l’origine, contre 88 recensés par l’Onrac. Sur ce total, 30 véhicules ont été vendus lors de trois enchères publiques (les 8 mai 2025, 18 septembre 2025 et 31 mars 2026) pour un montant total de 936, 5 millions F Cfa -contre une valeur réelle estimée à 1, 514 milliard F par la société. Sur les 58 véhicules restants, 21 ont été restitués à la Direction du matériel et du transit administratif (Dmta) et 27 ont été cédés de gré à gré à la Primature. Quant aux 10 véhicules restants, ils sont déclarés introuvables : Lansar Auto affirme avoir identifié les personnes qui les ont immatriculés à leur nom et exige la publication des procès-verbaux de vente.

La conférence de presse a enfin abordé la situation de Mahmadane Sarr, placé sous mandat de dépôt depuis le 13 janvier 2025 pour association de malfaiteurs, escroquerie portant sur des deniers publics (évaluée provisoirement à 13, 6 milliards F Cfa), faux et usage de faux, et blanchiment de capitaux. Lansar Auto sollicite, à défaut d’un non-lieu total, sa mise en liberté provisoire. De son côté, Babacar Ba estime que plus de vingt mois de détention préventive sont inacceptables dans un Etat de Droit, rappelant que le mis en cause bénéficie de la présomption d’innocence et présente «toutes les garanties de représentation en Justice».

mgaye@lequotidien.sn