De Pikine aux ors du Musée des civilisations noires, vingt printemps de sueur rimée, de battles remportées et de quartiers qui respirent l’espoir. Matador et sa team soufflent les bougies…, mais le beat pulse plus fort que jamais. Nouveau chapitre : l’Afrique et le monde en featuring.
Par Malick GAYE – Il y a plus de 20 ans, 5ème Underground goûtait enfin au succès. Le duo médinois nourrissait le rêve de voir le rap quitter la rue pour s’installer dans les palais et autres places sélectes. 20 ans plus tard, c’est devenu une réalité banale qui a poussé le directeur du Musée des civilisations noires, lundi passé, à justifier la présence, dans le temple de la mémoire collective, de l’association Africulturban. Qui y fêtait ses 20 ans. Pionnière de la structuration du mouvement hip-hop, l’association a formé des milliers de personnes dans les métiers de la musique. Une donnée qui force le respect ! C’est dans cette logique que la célébration de ces deux décennies a été lancée. «Ce que nous lançons aujourd’hui, ce n’est pas la fin d’un cycle. C’est le début d’un nouveau chapitre, plus ambitieux, plus structuré, plus ouvert sur l’Afrique et le monde», a affirmé le secrétaire d’Etat chargé de la Culture. Bacary Sarr ne croit pas si bien dire en lançant ses propos : «Ce sont des milliers de jeunes formés, des artistes révélés, des femmes mises en lumière, des quartiers transformés par la culture et l’espoir.» En effet, le Bmg, fraîchement revenu d’une tournée européenne, constate un mouvement hip-hop déstructuré et sans moyens. On est en 2006, Matador, habitant de Guinaw-Rail, décide d’agir. Il veut dupliquer le modèle belge au Sénégal sans moyens, mais avec une ténacité et un courage sans commune mesure. Apporter une aide aux sinistrés des pluies de 2006 était le prétexte pour démarrer les activités de l’association. L’argent du concert va être versé aux sinistrés.
L’association gagne en crédibilité auprès des populations et commence à se déployer sans moyens. Le maire de Pikine-Nord met en place le Centre culturel Léopold Sedar Senghor. C’est le début d’une aventure qui est en train d’écrire le mouvement hip-hop vers la réussite. De Ngaka Blindé à Avoka, sans oublier One Lyrical, la crème de la musique urbaine a été lancée par Africulturban. Samba Peuzzi, Dip et Ash The Best ont aussi essayé de remporter le Flow up en vain. Qui est un tremplin visant à combler le manque de producteur en organisant une compétition entre rappeurs. Pour la première édition, Ngaka Blindé avait touché un million Cfa et une production. C’est comme ça qu’il a lancé sa carrière. La mise pour la dernière édition était de 5 millions Cfa, plus une production. Le Flow up n’est qu’un tremplin. En effet, Africulturban organise, chaque année au Sénégal, le Festa2h. Qui est le plus grand festival dédié aux cultures urbaines en Afrique de l’Ouest. A cela s’ajoute le Women urban week, qui est dédié aux femmes dans les cultures urbaines. C’est juste quelques projets qui ont réussi à impacter positivement. «20 ans au service des cultures urbaines, ce n’est pas 20 jours. Ce sont 20 ans d’engagement, vingt ans de sueur, de larmes et de sang. Parce qu’on a perdu des soldats et j’ai tenu, pour leur mémoire, à faire ce moment de silence au début», a dit Matador. La célébration a été marquée par plusieurs prestations, notamment des sketchs, des spectacles de breakdance et tant d’autres expressions artistiques.
Plusieurs artistes rappeurs, breakdancers et des personnalités du monde de la culture ont participé à la cérémonie de lancement. Le leader de l’association Africulturban a rappelé que des jeunes ont su profiter des cultures urbaines pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui, des gens «respectés» au Sénégal, en Afrique et partout dans le monde. Il pense que ces 20 ans ont été non seulement des années de «succès», mais aussi de «préparation pour aller où ils veulent aller». Les organisateurs ont signalé que les vingt ans d’Africulturban seront célébrés sur une durée de neuf mois, à travers le Sénégal, annonçant des activités majeures, notamment à Pikine, fief de l’organisation, et des réunions dans 15 pays, autour du mouvement hip-hop et des cultures urbaines du Sénégal.
mgaye@lequotidien.sn

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