Près de 40 ans après le début du conflit armé qui a ensan­glanté le Sud du Sénégal, la Casamance tourne lentement la page. Le programme de déminage humanitaire, financé par l’ambassade du Japon dans le cadre du «Plan de développement économique et social», a enregistré des avancées significatives que les autorités ont tenu à documenter et à célébrer lors de la visite officielle organisée hier.

Le bilan chiffré est éloquent. Selon les données présentées, ce sont 2 415 396, 37 m² de ter­res qui ont été dépollués, rendant à l’agriculture et à la vie des espaces longtemps condamnés par les mines terrestres héritées du conflit de 1982-2014. Sur les quelques 300 hectares contaminés recensés dans la région, environ 150 n’avaient jusqu’ici fait l’objet d’aucune opération de déminage. Le projet a permis d’engager une dynamique nouvelle. Au total, 556 hectares de terres ont été labourés au profit de 556 personnes de retour, tandis que 20 périmètres maraîchers ont été réhabilités, avec la fourniture de clôtures, de systèmes d’eau et d’intrants agricoles.

Le Centre national d’action anti-mines du Sénégal (Cnams) a été au cœur de ce dispositif. Outre les deux démineuses haute performance de marque Komatsu et les pelles hydrau­liques réceptionnées, l’institution a bénéficié d’un véhicule, de cinq ordinateurs, renforçant les capacités de son personnel, et d’un groupe électrogène. Ces équipements visent à améliorer les capacités opérationnelles et techniques du Cnams en vue d’une dépollution plus efficace des terrains contaminés. La formation du personnel, assurée en parallèle par l’Ong japonaise Jmas, complète ce transfert de technologies.

Au-delà du déminage stricto sensu, le projet a embrassé une vision plus large de consolidation de la paix et de réintégration socio-économique. Des dialogues communautaires ont été organisés dans près de 72 villages, contribuant à la prévention des conflits et au renforcement de la cohésion sociale. 3 coopératives locales ont été accompagnées, et l’accès aux services productifs a été amélioré grâce à la réhabilitation de périmètres maraîchers et de points d’eau. Ces actions ont bénéficié en priorité aux femmes, aux jeunes et aux populations déplacées de retour.

Le directeur du Cnams a salué la contribution du Japon avec des mots mesurés mais sincères : «Chaque mètre carré déminé représente une vie protégée, une terre prête à être exploitée et une part supplémentaire vers le développement socio-économique du Sénégal.» Salomon Diédhiou a par ailleurs insisté sur la transparence dans l’utilisation des fonds reçus et sur la nécessité de maintenir un rythme soutenu, les zones restantes présentant souvent des contraintes liées à une végétation dense et à l’isolement de certaines localités.

Du côté japonais, cet engagement s’inscrit dans le cadre des engagements de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad) dont l’un des trois piliers est la «paix et la stabilité en Afrique». Le montant total de l’aide s’élève à environ 1, 84 milliard de F Cfa pour un projet signé en juillet 2025. L’am­bassadeur du Japon au Sénégal, Takeshi Akamatsu, a participé à la cérémonie, té­moignant de l’importance que Tokyo accorde à ce partenariat.

Le projet s’inscrit également dans le cadre du programme «Vision 2050» du gouvernement sénégalais, porté par le Président Bassirou Diomaye Faye, qui fait du désenclavement des zones post-conflit un levier de développement territorial. Car si les mines se taisent, c’est toute une région qui peut enfin parler d’avenir.

Par Malick GAYE – mgaye@lequotidien.sn