C’est un véritable coup de semonce que vient de lancer la Fédération sénégalaise des associations de personnes handicapées (Fsaph). En cause : la radiation brutale de 25 000 bénéficiaires du Programme national de bourses de sécurité familiale (Pnbsf). Entre «injustice majeure» et «faute juridique», le président Moussa Thiaré dénonce une mesure qui condamne les plus vulnérables à une précarité accrue, et exige une révision immédiate du cadre légal.
Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Le Programme national de bourses de sécurité familiale (Pnbsf) est au cœur d’une vive polémique. La Fédération sénégalaise des associations de personnes handicapées (Fsaph) dénonce avec vigueur le retrait de 25 000 bénéficiaires, fustigeant une application «aveugle» des textes réglementaires qui ignore la réalité du handicap. Entre colère et propositions de réforme, le président Moussa Thiaré appelle l’Etat à rectifier ce qu’il qualifie de «régression humaine».
La colère gronde au sein de la Fédération sénégalaise des associations de personnes handicapées (Fsaph). Réunis ce vendredi à Pikine, les représentants de l’organisation ont exprimé leur indignation face cette décision gouvernementale qu’ils jugent brutale. Pour Moussa Thiaré, président de la Fsaph, ce retrait ne constitue pas un simple ajustement administratif, mais une attaque frontale contre la dignité des plus vulnérables. «Le retrait de ces bénéficiaires est inacceptable. C’est une injustice qui frappe au cœur de la dignité humaine», a-t-il martelé lors de sa déclaration liminaire.
Le diagnostic posé par la fédération est sans appel : malgré une population estimée à plus de deux millions de personnes handicapées, l’accès à une protection sociale réelle demeure un parcours du combattant. Si plus de 100 000 citoyens détiennent la Carte d’égalité des chances (Cec), seuls 64 000 d’entre eux perçoivent effectivement une bourse, révélant une vulnérabilité structurelle : contrairement à d’autres formes de précarité dont on peut s’extraire par l’insertion économique, le handicap est souvent une condition permanente qui nécessite un soutien de longue durée.
L’article 12 du décret n°2023-847 dans le collimateur
Au centre du litige, se trouve l’application de l’article 12 du décret n°2023-847, qui limite la perception de l’allocation à une durée de cinq ans. Pour la Fsaph, cette disposition est une aberration juridique lorsqu’elle est appliquée au handicap. «Le handicap n’est pas une situation temporaire dont on sort au bout de cinq ans. C’est une vulnérabilité structurelle qui, bien souvent, s’aggrave avec le temps», souligne Moussa Thiaré.
L’organisation dénonce une «erreur d’appréciation sociale» et une «faute juridique». Elle pointe notamment l’absence d’évaluations d’impact préalables, pourtant exigées par les textes, avant toute décision de retrait. Anticipant d’éventuelles critiques sur les motivations de cette sortie, le président de la Fsaph a tenu à clarifier la position de l’organisation. Il ne s’agit pas de contestation politique, mais de défense de droits humains fondamentaux. «Nous ne demandons pas l’aumône, nous exigeons le respect de la loi», a-t-il précisé, rappelant que la Carte d’égalité des chances agit comme un véritable contrat social entre l’Etat et le citoyen.
Loin de se limiter à la simple dénonciation, la fédération propose une feuille de route pour sortir de l’impasse : rétablir les droits de toutes les personnes handicapées titulaires de la Cec répondant aux critères de pauvreté ; réviser le décret pour introduire une dérogation spécifique liée au handicap, afin de supprimer la clause de «péremption» de la vulnérabilité. Pour une gouvernance inclusive, elle demande d’appliquer le principe «Rien pour nous sans nous» en intégrant systématiquement les organisations de personnes handicapées dans les instances de décision.
Un appel à l’arbitrage des autorités
En conclusion, la Fsaph interpelle directement l’Etat sénégalais sur ses engagements en matière d’inclusion. La balle est désormais dans le camp des autorités : choisiront-elles la voie de la rigueur budgétaire au risque d’aggraver la précarité, ou celle de l’équité sociale en révisant une mesure jugée inhumaine ? Pour les 25 000 familles concernées, l’attente est désormais une question de survie.
latifmansaray@lequotidien.sn

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