L’Etat augmente de 18 milliards de francs Cfa l’enveloppe destinée aux bourses de sécurité familiale. Prévue initialement à 52 milliards, elle sera portée à 70 milliards en 2026. Cette rallonge doit notamment permettre d’élargir la couverture du Programme national de bourses de sécurité familiale (Pnbsf), alors que le gouvernement engage en parallèle une opération de recertification des bénéficiaires.
Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – La mesure a été annoncée lors de la rencontre d’information et de partage consacrée à la reprise des paiements des bourses de sécurité familiale et à la recertification des bénéficiaires, en présence des élus locaux et des journalistes spécialisés dans la protection sociale. Pour la ministre de la Famille, de l’action sociale et des solidarités, Marie Angélique Diouf, cette reprise constitue une étape importante dans la politique sociale de l’Etat. Lancé en 2013, le Pnbsf est devenu, selon elle, «un instrument majeur de lutte contre l’extrême pauvreté», en apportant un soutien financier régulier aux ménages vulnérables, tout en favorisant des engagements dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’état civil.
Après la suspension des paiements, qui a permis de faire l’état des lieux du programme et de définir de nouvelles orientations, la reprise doit désormais s’accompagner d’une recertification des bénéficiaires. Cette opération répond à un problème central : permettre au programme de continuer à soutenir ceux qui en ont réellement besoin, tout en ouvrant la porte à de nouveaux ménages vulnérables.
«La recertification ne constitue ni une sanction ni un retrait arbitraire des droits», a précisé la ministre. Elle doit permettre de vérifier, avec rigueur et objectivité, la situation socio-économique des ménages afin de maintenir les bénéficiaires toujours vulnérables et d’intégrer de nouvelles familles.
«70 milliards pour changer d’échelle»
Au-delà de la reprise des paiements, Marie Angélique Diouf veut inscrire cette réforme dans une transformation plus profonde de la protection sociale. L’ambition est de passer progressivement d’une logique de soutien financier à court terme, à une politique davantage tournée vers la résilience et l’autonomisation des ménages.
Pour effectuer ce travail, les autorités s’appuient sur le Registre national unique (Rnu).
Cheikh Tacko Diop, Délégué général à la Protection sociale et à la Solidarité nationale, explique que le Rnu permet précisément d’identifier les ménages pauvres et vulnérables. Sa constitution a été réalisée avec l’appui de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), à partir notamment de la carte de pauvreté du Sénégal.
Le processus s’est poursuivi par un ciblage communautaire. Les populations ont été associées à l’identification des ménages considérés comme les plus pauvres ou les plus vulnérables dans leurs localités. Ces informations ont ensuite été complétées par une collecte et une évaluation socio-économique effectuées par l’Ansd.
Le résultat est une forte progression du nombre de ménages inscrits dans le registre : de près de 500 000, le Rnu compte désormais 1 649 000 ménages.
Pour Cheikh Tacko Diop, cette base constitue désormais un instrument de référence pour l’ensemble des programmes de protection sociale. Elle doit permettre de sélectionner les ménages les plus pauvres et les plus vulnérables sur la base de critères communs.
«Les élus veulent être davantage impliqués»
Si le gouvernement défend un dispositif fondé sur le ciblage et la transparence, les élus locaux souhaitent pour leur part jouer un rôle plus important dans sa mise en œuvre.
Mamadou Woury Diallo, représentant des élus locaux et maire de Vélingara, a insisté sur la nécessité de rapprocher davantage les dispositifs sociaux des populations. Il a notamment attiré l’attention sur les difficultés rencontrées par les bénéficiaires au moment du paiement des allocations.
Dans certains bureaux de Poste, des bénéficiaires sont obligés d’attendre pendant de longues heures, voire plusieurs jours, avant de percevoir leurs prestations. Une situation qui nécessite, selon lui, une meilleure organisation et des moyens supplémentaires pour les structures chargées des paiements.
L’élu a également plaidé pour le renforcement de l’action sociale de proximité. Certaines personnes vulnérables, souligne-t-il, ne savent même pas vers quelle structure se tourner lorsqu’elles ont besoin d’aide et éprouvent des difficultés à effectuer les démarches administratives. Les collectivités territoriales doivent donc disposer de moyens nécessaires pour accompagner les populations, identifier les personnes réellement concernées et les orienter vers les prestations auxquelles elles peuvent prétendre.
Des programmes comme Yoonu Confiance et le Programme de résilience agricole doivent ainsi compléter les allocations par la formation, les subventions et l’accompagnement des activités génératrices de revenus.
Avec une enveloppe portée à 70 milliards de francs Cfa, l’Etat affiche clairement sa volonté de renforcer le filet social. Mais le véritable défi reste le ciblage : faire en sorte que cette hausse de 18 milliards profite effectivement aux ménages les plus vulnérables, tout en permettant à de nouvelles familles d’entrer dans le dispositif. latifmansaray@lequotidien.sn

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