Pour la deuxième année consécutive, le Sénégal affirme sa présence sur la scène artistique mondiale en animant son Pavillon national lors de la 61e Exposition internationale d’art de la Biennale de Venise. Porté par l’artiste plasticienne Caroline Guèye et le curateur Massamba Mbaye, le projet «Wurus» (l’or) promet une immersion fascinante à la croisée de l’astrophysique, de l’histoire impériale et des enjeux géopolitiques contemporains.

«Wurus» : de la poussière d’étoiles aux circuits électroniques. Sous l’égide du ministère de la Culture, de l’artisanat et du tourisme, le Pavillon du Sénégal s’installera du 9 mai au 22 novembre 2026 au Palazzo Navagero. Cette édition s’inscrit dans le thème général «In Minor Keys» («En tons mineurs»), conçu par la regrettée curatrice Koyo Kouoh.

Le projet artistique, intitulé «Wurus» -terme wolof désignant l’or-, propose une réflexion profonde sur ce métal précieux qui, avant d’être extrait de notre terre, provient de l’explosion d’étoiles à neutrons et d’impacts de météorites. Loin d’être un simple ornement, l’or est ici analysé comme un matériau de haute technologie indispensable à la physique moderne : conducteur thermique, électrique ou composant essentiel des télescopes spatiaux et des satellites. Mais au-delà de ses propriétés physiques, l’œuvre de Caroline Guèye interroge la symbolique de «l’avoir» et du «pouvoir». L’or devient ainsi le miroir d’autres ressources stratégiques comme le pétrole, le cobalt ou le lithium, qui structurent les impérialismes modernes et influencent le destin de l’humanité, souvent au détriment de l’environnement.

L’héritage de Kanka Musa comme source d’inspiration

Le concept curatorial puise également dans l’histoire glorieuse du Sénégal et de la sous-région. L’exposition rappelle qu’au XIVème siècle, l’extraction de l’or était à son apogée sous l’empire du Mali. Le souverain Kanka Musa, resté dans l’histoire comme l’homme le plus riche de la planète, sert de figure tutélaire à cette réflexion. «Grâce à cet or, il a fait venir des érudits, construit des universités et des bibliothèques pour l’élévation de la culture», souligne le communiqué. Le projet «Wurus» aspire à ce que la mémoire de ce passé prospère inspire les choix futurs sur l’usage des ressources terrestres.

Caroline Guèye : une artiste à l’avant-garde de l’Art-Science

Le choix de Caroline Guèye pour représenter le Sénégal n’est pas fortuit. Née au Sénégal et formée en physique fondamentale à l’international, elle a développé une pratique transdisciplinaire unique où la recherche scientifique rencontre la création plastique. Petite-fille de Paul Ahyi, monument de l’art moderne africain, elle s’inscrit dans une lignée prestigieuse tout en traçant sa propre voie.

L’artiste est coutumière des collaborations scientifiques de haut niveau. Elle a notamment intégré dans ses œuvres précédentes de la poussière de lune fournie par l’Agence spatiale européenne ou des sons provenant de la planète Mars. Lauréate de nombreux prix dont celui de la Cedeao à la Biennale de Dakar 2022, elle utilisera pour le Pavillon de Venise, des matériaux variés tels que le polymère, le laiton et la lumière pour traduire sa vision scientifique et artistique de l’or.