Le Cercle des cadres de la République des valeurs (Cecar) monte au créneau. Face à l’acquisition d’un premier lot de 76 véhicules de luxe pour les députés, les camarades de Thierno Alassane Sall dénoncent une «gestion opaque» et un reniement des promesses de rupture. Pour ces «incohérences budgétaires», El Malick Ndiaye est sommé de s’expliquer.

Par Justin GOMIS – L’Hémicycle sénégalais est-il devenu le théâtre d’une «volte-face» éthique ? C’est la question qui brûle les lèvres au sein de l’opposition. L’acquisition récente de 76 véhicules Toyota Prado 4×4, destinés aux parlementaires, a déclenché l’ire du Cercle des cadres de la République des valeurs/Rée­wum Ngor. Hier, ces derniers ont adressé une interpellation directe au président de l’Assem­blée nationale, El Malick Ndiaye, exigeant la lumière sur une opération qu’ils qualifient de «nébuleuse».

Un reniement politique jugé «inadmissible»

Pour le Dr Ibrahima Ba, responsable de la communication du Cercle des cadres de la République des valeurs (Cecar), le malaise est d’abord moral. Il rappelle qu’hier encore, dans les rangs de l’opposition, les tenants actuels du perchoir jugeaient indécent l’achat de véhicules de fonction. «Aujourd’hui, il opère une volte-face manifeste en engageant des milliards issus de l’argent du contribuable, alors que le Sénégal est, selon ses propres termes, au «4e sous-sol»», fustige le Dr Ba. Et d’ajouter avec ironie : «Quand El Malick Ndiaye combattait ces achats sous Macky Sall, le Sénégal était au «4e étage». Attendre que le pays s’enfonce pour dépenser ainsi, où est la cohérence ?»

Le choix de l’option la plus coûteuse : l’énigme des 25 millions de différence

Au-delà de la morale, c’est l’ingénierie financière de l’opération qui interpelle les cadres de la République des valeurs. Selon leurs analyses, deux options s’offraient à l’institution : l’achat direct ou la Location longue durée (Lld). Dr Ibrahima Ba dresse un comparatif édifiant : option achat direct, c’est 4, 9 milliards F Cfa pour 76 véhicules (soit environ 65 millions l’unité). A terme, l’Etat reste propriétaire du parc. Pour l’option location (Lld), il s’agirait de 6, 9 milliards F Cfa (soit 90 millions par voiture). A la fin du contrat, les véhicules retournent chez le concessionnaire. «Pourquoi avoir choisi l’option la plus chère ?», s’interroge le Cecar. En optant pour la location, l’Etat perdrait 25 millions de francs Cfa par véhicule, soit un manque à gagner total de près de 2 milliards, tout en renonçant à la propriété des biens. Un choix que les cadres assimilent à de «l’argent jeté par la fenêtre», dit-il.

Le choc des priorités : des 4×4 face aux ambulances manquantes

L’article met en exergue un contraste saisissant entre le train de vie de l’élite politique et la détresse des services de secours. Le Cecar rappelle des chiffres glaçants : le Sénégal ne dispose que de 79 ambulances et 74 engins d’incendie pour couvrir l’ensemble du territoire. «Nos sapeurs-pompiers assurent 54 000 interventions par an avec des moyens notoirement insuffisants. Des Séné­galais meurent chaque jour faute de secours, pendant que les députés circulent en haut de gamme», dénonce le Dr Ba.

Exigence de transparence

La virulence de la charge ne s’arrête pas là. Les cadres de la République des valeurs posent ouvertement la question de l’intégrité de la procédure à El Malick Ndiaye pour avoir privilégié «le schéma le plus coûteux». Accusant le président de l’Assemblée de pratiquer une «gestion opaque» et de prendre des décisions «en catimini» avec un cercle restreint, le Dr Ba cite également le budget des voyages, qui aurait dépassé le demi-milliard de francs Cfa l’année dernière. «C’est ça Pastef : quand le décor change, le discours change», assène-t-il.

Les exigences du Cecar

Face à ce qu’ils nomment une «dérive», le Cercle des cadres exige désormais la publication intégrale du contrat d’acquisition, de l’identité du fournisseur et des modalités de paiement, un audit indépendant couvrant la passation et l’exécution de ce marché public, une clarification des responsabilités au sein de la Commission des finances. «Le Cecar exige la publication immédiate et intégrale des lignes budgétaires concernées et approuvées, du contrat d’acquisition, de l’identité du fournisseur, des prix unitaires et des modalités de paiement. Il exige également un audit indépendant couvrant le vote budgétaire, la procédure de passation et l’exécution du marché, avec publication des conclusions. Enfin, il demande une clarification nette des responsabilités, tant sur le rôle de la Commission des finances que sur la chaîne de décision administrative et politique, ainsi qu’une rupture claire avec la banalisation du luxe public au profit des services vitaux», note la structure.

Pour la République des valeurs, il est temps de rompre avec la «banalisation du luxe public» au profit des services vitaux du pays. La balle est désormais dans le camp de El Malick Ndiaye.

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