Les réponses apportées par Jean-Michel Sène aux préoccupations sur la destination des 37 milliards de la banque Santander, dénoncent une certaine désinvolture dans la manière d’appréhender cette affaire.
Par M. GUEYE – Depuis quelques jours, à la suite de déclarations et écrits rendus publics, l’opinion se rend compte que les 37 milliards dont l’Aser devait se servir pour fournir de l’électricité à certains villages, se sont dissipés dans la nuit. La question qui préoccupe aujourd’hui des acteurs de ce dossier, est de savoir ce qu’il sera possible de récupérer de cet argent dont on ne doit pas oublier qu’il s’agit de deniers publics.
L’un des acteurs les plus intéressés à récupérer cet argent est la fameuse banque Santander, qui a accordé le prêt à l’Etat du Sénégal, avec la garantie du Royaume d’Espagne, à travers l’Agence espagnole du crédit à l’exportation, la Cesce. On se rappelle qu’elle a adressé plusieurs courriers aux plus hautes autorités sénégalaises, pour s’enquérir de l’état d’avancement de ce projet d’électrification rurale, qui est à la base de ce prêt équivalent à près de 100 milliards de francs Cfa, pour fournir de l’électricité à plus de 1000 villages.
Dans un courrier adressé à Cheikh Diba, la banque Santander s’inquiétait du fait que l’enquête de l’Arcop avait fait ressortir, entre autres griefs reprochés à la compagnie Aee Power Epc, «l’émission par la compagnie d’assurances Sonac, de garanties sans contrepartie financière pour le paiement de primes, contrevenant ainsi aux dispositions du Code Cima ; l’utilisation de l’avance de démarrage à d’autres fins, notamment la régularisation du paiement des primes ; la non-éligibilité de l’entreprise Aee Power Epc à la garantie souveraine de l’Etat en cas d’éviction d’Aee Power Sénégal Sa…».
C’est ce courrier de la fin-septembre 2024 qui informait par ailleurs la partie sénégalaise de la suspension des décaissements des fonds restants par la banque espagnole, qui était la conséquence du conflit opposant Aee Power Epc à Aee Power Sénégal Sa. Ce courrier a été suivi de plusieurs autres, adressés notamment au Secrétaire général du gouvernement d’alors, devenu aujourd’hui le Premier ministre, Al Aminou Lô.
Toutes ces correspondances montrent une réelle préoccupation de la partie sénégalaise de voir le projet se poursuivre, au grand bénéfice des populations du Sénégal. Elles contrastent fortement avec la sortie du Directeur général de l’Aser, M. Jean-Michel Sène. Interrogé la semaine dernière sur plusieurs médias, quant à la disparition des 37 milliards de l’avance de démarrage, M. Sène a eu, notamment à Walf Tv, cette réponse désinvolte : «Si on me demande les 37 milliards, on peut aussi m’interroger sur les 45 milliards de Myna Distribution, sur les 7 milliards du PU218, etc. Bref, au lieu de me parler des 37 milliards, on devrait m’interroger sur les 100 milliards décaissés par l’Aser pour divers projets.» Autrement dit, selon cette logique, puisque le Sénégal a l’habitude de sortir de l’argent pour des projets avortés, il devrait souffrir de ne pas avoir de réponse pour les derniers décaissements sans but de 37 milliards de francs.
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