C’est une image qui fera le tour du siècle : Nicolás Maduro, les yeux bandés, portant un casque antibruit et un gilet de sauvetage à bord de l’Uss Iwo Jima. L’opération éclair menée par les Forces spéciales américaines dans la nuit du 2 janvier 2026 a mis fin à douze ans de pouvoir chaviste. Mais alors que Washington célèbre une victoire contre le «narcoterrorisme», le monde s’interroge sur le prix de ce précédent diplomatique et les risques de chaos pour Caracas.
Un scénario à la Noriega, version XXIe siècle ? Trente-six ans jour pour jour après la reddition de Manuel Noriega au Panama, les Etats-Unis de Donald Trump ont réactivé la doctrine de l’intervention directe. L’opération «Absolute Resolve» (Résolution Absolue), préparée dans le plus grand secret pendant des mois, n’a duré que trente minutes.
Les analystes notent une précision chirurgicale : le recours à des cyber-attaques pour éteindre les lumières de Caracas, suivi d’une extraction par hélicoptère menée par la Delta Force. En traitant un Président en exercice comme un criminel de droit commun -sous le coup d’un acte d’accusation pour narcoterrorisme à New York-, Washington a court-circuité toutes les voies diplomatiques traditionnelles.
Une Communauté internationale fracturée
L’arrestation de Maduro a instantanément scindé le globe en trois blocs : il y a le camp des «légitimistes» : la Chine, la Russie et la Corée du Nord dénoncent un «enlèvement» et une violation flagrante de la souveraineté nationale. Pékin a déjà exigé la libération immédiate du couple présidentiel, craignant qu’un tel précédent ne menace d’autres dirigeants hostiles à Washington.
Il y a aussi le soutien pragmatique : en Europe, Emmanuel Macron a salué la fin d’une «dictature», tout en s’attirant les foudres d’une partie de sa classe politique qui dénonce le piétinement du Droit international.
Enfin, l’inquiétude de l’Onu : António Guterres a exprimé son alarme face à un «dangereux précédent». La question juridique est au cœur du débat : un Etat peut-il s’auto-attribuer le rôle de gendarme et de juge mondial au point d’exfiltrer un chef d’Etat étranger ?
Le saut dans l’inconnu pour Caracas
Au Venezuela, le réveil est brutal. Si des scènes de liesse ont été observées dans certains quartiers et au sein de la diaspora, une tension électrique règne dans la capitale, avec notamment une transition incertaine. La vice-présidente Delcy Rodríguez, bien qu’elle exige une «preuve de vie» de Maduro, semble assurer l’intérim. Cependant, la loyauté de l’Armée reste l’inconnue majeure. Les généraux, piliers du régime, choisiront-ils la reddition, la négociation d’une amnistie ou la résistance armée ? Ce qui laisse planer le spectre de la guerre civile : avec un appareil sécuritaire décapité mais toujours armé, le risque d’un basculement dans la violence est réel. Washington a prévenu qu’il entendait «diriger» la transition, mais l’histoire montre que gagner la guerre est souvent plus facile que de gagner la paix.
La justice ou la force ?
Le procès de Nicolás Maduro à New York s’annonce comme le feuilleton judiciaire de la décennie. Mais au-delà du cas personnel de l’ancien chauffeur de bus devenu successeur de Chávez, c’est l’ordre mondial qui vacille. En choisissant la force brute contre la diplomatie, les Etats-Unis ont envoyé un message clair : l’immunité souveraine ne pèse rien face à la puissance militaire américaine. Reste à savoir si cette opération apportera la démocratie au Venezuela ou si elle n’aura fait qu’ouvrir la boîte de Pandore.

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