L’Académie Goncourt a officialisé, vendredi, le retrait du roman C’était ça ou mourir du Canado-Haïtien Thélyson Orélien de sa première sélection. Accusé de plagiat et d’avoir massivement recouru à l’Intelligence artificielle pour rédiger son ouvrage, l’auteur se retrouve au cœur d’une tempête médiatique et littéraire sans précédent. Entre cas d’école technologique, soupçons de racisme et appels au calme, la controverse divise le monde des lettres.

C’est un véritable coup de tonnerre qui secoue la rentrée littéraire 2026. L’Académie Goncourt a annoncé, vendredi, la suppression du roman C’était ça ou mourir de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien de la liste des ouvrages en lice pour le prestigieux prix. Paru aux Editions Grasset, le livre avait pourtant fait de son auteur la révélation de la saison, lui valant notamment de remporter le Prix de la Fnac (Fédération nationale d’achat des cadres). La tempête a éclaté le 21 septembre dernier à la suite d’une publication sur le réseau social X (anciennement Twitter) émanant d’un compte anonyme baptisé «Balance ton Claude». L’alerte a immédiatement déclenché une série de vérifications.

Dans un communiqué officiel publié sur son site, l’Académie explique avoir pris cette décision «compte tenu des plagiats dont son auteur s’est rendu coupable au fil du temps et qui viennent d’être révélés, ainsi que du résultat convergent de plusieurs analyses de chercheurs et journalistes dignes de foi mettant en évidence le fait que C’était ça ou mourir est, selon toute vraisemblance, très largement le produit d’une Intelligence artificielle».

Préserver l’intégrité de la création humaine

Pour l’institution, il s’agissait d’agir promptement afin de «préserver l’intégrité du Prix Goncourt et celle de l’Académie dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes». L’Académie ajoute vouloir «envoyer un message clair et notamment aux participants du Prix Goncourt des lycéens, du Goncourt des détenus et ceux des plus de cinquante Choix Goncourt de l’étranger». Une seconde liste d’ouvrages sélectionnés sera rendue publique le 6 octobre.

Cette affaire dépasse désormais le simple cadre du calendrier des prix littéraires : en l’espace de quelques jours, l’ouvrage de Thélyson Orélien est devenu un cas d’école sur la fragilité de la création littéraire face aux outils technologiques et sur la difficulté d’en authentifier la paternité.

Soupçons de biais et appel à la mesure

L’onde de choc suscite de vives polémiques dans les milieux académiques et culturels. Plusieurs voix s’interrogent sur la brutalité des accusations et dénoncent une affaire aux relents de «racisme», faisant le parallèle avec d’autres affaires récentes ayant visé des figures intellectuelles émergentes issues des mondes noirs et des diasporas.

Face à la virulence des débats, l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, lauréat du Prix Goncourt 2021 pour La plus secrète Mémoire des hommes, a appelé à la retenue. «Je hais les emballements médiatiques aux allures de guillotine expéditive», a-t-il réagi sur sa page Facebook. Dans un message largement relayé par les médias, il a insisté sur l’importance de la déontologie et du doute méthodique, estimant qu’il fallait impérativement laisser à Thélyson Orélien «une chance de s’expliquer plus longuement».