Dans le cadre des investigations sur le projet d’électrification rurale de 91, 8 milliards de F Cfa, le Groupe de suivi citoyen a entendu l’ancien Directeur général de l’Aser, Jean-Michel Sène, son prédécesseur Baba Diallo et le député Thierno Alassane Sall. Face aux incertitudes entourant l’utilisation des 37 milliards de F Cfa d’avance de démarrage et aux contentieux en cours, le collectif d’organisations de la Société civile demande au gouvernement des mesures conservatoires et un audit approfondi.
Par Justin GOMIS – Dans le cadre de ses investigations sur la gestion du projet d’électrification rurale financé à hauteur de 91, 8 milliards de F Cfa, le Groupe de suivi citoyen de la Société civile a entendu l’ancien Directeur général de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser), M. Jean-Michel Sène, son prédécesseur Baba Diallo et le député Thierno Alassane Sall. Cette audition marque une étape clé pour clarifier la traçabilité des fonds et l’utilisation de l’avance de démarrage de 37 milliards de F Cfa. Même s’il s’est heurté au refus du ministre de l’Energie de l’époque, Birame Soulèye Diop, des responsables d’Aee Power Sénégal, d’Aee Power Epc et de l’Arcop.
Le 28 janvier 2026, l’ex-Dg de l’Aser a reçu les membres du groupe pour fournir des explications et verser des documents justificatifs au dossier. Cette démarche d’écoute vise à établir un diagnostic contradictoire et impartial sur un marché bloqué, désormais au cœur de procédures judiciaires au Sénégal comme en Espagne.
Le marché conclu en février 2024 entre l’Aser et Aee Power Epc porte sur un contrat d’environ 91, 833 milliards de F Cfa Ht, visant l’électrification de plusieurs centaines de localités (928 selon le contrat, bien que des chiffres plus élevés apparaissent dans certains documents). Le Groupe de suivi citoyen rappelle que le 11 juin 2024, trois virements totalisant près de 56 millions d’euros, soit environ 36, 7 milliards de F Cfa, ont été versés à Aee Power Epc. Les flux connus font apparaître un contentieux immédiat entre Aee Power Epc et le partenaire local, Aee Power Sénégal, concernant l’exécution du marché et la répartition de l’avance (la règle de la Commande publique prévoyant une répartition à hauteur de 60/40). L’Autorité de régulation des marchés publics (Arcop) est intervenue pour suspendre l’exécution du projet à titre conservatoire, mais cette décision a finalement été annulée par la Cour suprême le 21 janvier 2026.
Aujourd’hui, plusieurs questions fondamentales restent sans réponse publique satisfaisante : la traçabilité des fonds et la concordance entre les décaissements et les travaux réellement exécutés ; la localisation et l’état du matériel commandé pour des montants considérables ; la validité et le calendrier des garanties financières ; le sort du partenaire local et le respect strict du Code des marchés publics ; le suivi réservé, dès août 2024, à l’alerte transmise au sommet de l’Exécutif.
Genèse et nœud du contentieux
Au-delà de l’audition de l’ex-dirigeant, la Société civile s’inquiète du manque de clarté entourant l’avance de démarrage versée en juin 2024. Face à cette situation, le collectif d’organisations comprenant notamment Afrikajom Center, Legs Africa, Frapp, le Forum du justiciable et la Lsdh) demande instamment au gouvernement de prendre des mesures conservatoires urgentes : publier un bilan détaillé des montants décaissés, de la destination des fonds, du matériel réceptionné ou en souffrance, ainsi que du taux réel d’exécution physique du projet ; protéger l’ensemble des documents administratifs, comptables, garanties et correspondances (notamment celles relatives à la Sonac et au partenaire local) ; et associer les organes de contrôle de l’Etat (Ige, Cour des comptes, Ofnac, Arcop) et l’Agent judiciaire de l’Etat afin d’effectuer un audit d’exécution complet, distinct des procédures pénales en cours.
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