Il n’a pas fallu deux années pour que le discours patriotique perde ses accents «souverainistes» face aux murs de la réalité économique et sociale. Beaucoup de jeunes ont encore en mémoire le discours qui leur promettait de changer leur vie, en même temps que leur pays, en deux mois. Le même discours qui les assurait que leur pays a les moyens de leur assurer la prospérité par ses ressources endogènes. Il suffisait, dans certains cas, que les pillards et les prévaricateurs des deniers publics rendent gorge et fassent justice au peuple travailleur. En premier lieu d’ailleurs, on trouvait les «martyrs du Projet» dont 80 ont versé leur sang.
Ce «Projet» était venu pour imposer la justice et la transparence, combattre la corruption et la prévarication, afin de préparer la voie au Sénégalais nouveau. Non, ce régime ne comptait pas s’inscrire dans la voie de Macky Sall et Abdoulaye Wade, du tout infrastructures. Il s’est d’abord attaqué à la refonte des institutions et des textes, pour poser les bases de construction du nouvel Homo senegalensis. Le pari osé était de montrer que si l’on réussissait cela, le développement serait une voie royale.
Normal que les dirigeants et leurs thuriféraires n’aient pas compris que confier l’Agriculture sénégalaise à un banquier, fusse-t-il propriétaire d’un domaine agricole, ne pouvait pas nécessairement être synonyme de réussite agricole. De même, remettre l’embryon de notre industrie à un négociant commercial n’allait pas nécessairement attirer des investisseurs. Mais ce qui a vraiment fait déraper les choses, on ne le dira jamais assez, c’est quand quelqu’un a voulu commémorer la tragédie du Joola en se lançant dans le sabordage de l’économie sénégalaise.
On a voulu convaincre le Peuple sénégalais ainsi que les partenaires financiers étrangers que l’on a trouvé le pays dans un état lamentable. Malheureusement, cette affirmation n’a jamais été étayée par un quelconque début de preuve. Pire, tous ceux qui, au sein de ce pouvoir, étaient informés de la situation des affaires, ont préféré préserver leurs avantages en se taisant. C’est alors que l’exercice de dénonciation de la gestion de Macky Sall a tourné à la déroute financière et à la faillite générale du pays. Si en 2024, le Peuple sénégalais pensait que l’on pouvait redresser la barre assez vite, en 2025, l’équipage du bateau Sénégal n’a pas fini d’écoper. Et le capitaine en second nous a assuré que le vent ne tournera pas avant 2029.
Peut-on espérer que dans son discours de fin d’année ce soir, le président de la République Bassirou Diomaye nous donne des motifs d’espoir ? On ne l’a pas connu brillant dans cet exercice. Diomaye semble s’être moulé dans le pessimisme des paysans du Sine, qui n’attendent pas grand-chose de la terre, sinon leur minimum vital. Pense-t-il que le Peuple dont le destin lui a été confié est nécessairement appelé à passer par des conditions les plus rudes pour espérer voir se transformer son existence ? Cela expliquerait les nombreuses promesses de son Premier ministre qui n’ont pas encore vu un début de réalisation. Aussi difficiles que soient les choses, elles passaient tant que les gens pensaient que la situation générale du pays les justifiait. Moins de deux ans de pouvoir après, les gens se rendent compte que même au paradis pastéfien, tout le monde ne connait pas un traitement égal. Si les «martyrs» peuvent crier et menacer pour faire débloquer 5 milliards de Cfa et autres avantages, les populations rurales doivent encore attendre les miettes de la Bourse de sécurité familiale. On peut déclarer offrir aux paysans suffisamment de semences et d’engrais pour battre des records de production, sans leur garantir de pouvoir écouler leur production à bon prix. Là où ils parviennent à produire.
Est-il nécessaire de parler de la situation du secteur sanitaire ? Des personnels médicaux qui estiment n’avoir d’autre solution que de priver leurs parents de soins médicaux pour que l’Etat prenne en charge leurs revendications portant sur l’amélioration des conditions de travail. Dans le même temps, une ministre de la République, farouche partisane du «souverainisme» dans tous les domaines, considère qu’elle ne pourrait être convenablement soignée que dans le pays que ses camarades et elle se plaisent à vilipender tous les jours.
La situation pourrait-elle s’améliorer dans les prochains 365 jours ? Il faudrait pour cela, moins de querelles au sommet pour se positionner pour la course au pouvoir. Il serait temps que l’économie devienne une véritable priorité. Et surtout, que nos dirigeants apprennent à accepter les critiques, même quand elles viennent de ceux qui ne les apprécient pas. Le Sénégal a toujours été une terre d’expression libre. Les gens qui nous ont promis la liberté ne devraient pas devenir les fossoyeurs de cette liberté, surtout quand ils privent le Peuple de pain.
Par Mohamed GUEYE / mgueye@lequotidien.sn
