A l’occasion de la 3e édition des Assises africaines de la démocratie, organisée cette année de manière éclatée, la Fondation de l’innovation pour la démocratie a rendu visite à Enda Graf Sahel. Menée par l’universitaire Achille Mbembe, cette démarche vise à découvrir et valoriser les méthodes de cette structure cinquantenaire qui, face à la raréfaction des financements internationaux, continue de transformer le continent en propulsant les initiatives populaires hors de l’informel.

Par Justin GOMIS – La Fondation de l’innovation pour la démocratie a innové pour la 3e édition des Assises africaines de la démocratie. Cette année, l’événement pré-sente la particularité d’être organisé de manière éclatée, impliquant de nombreux acteurs locaux, des organisations de la Société civile, des associations et des centres de recherche. L’objectif de ces assises est de réunir l’ensemble des forces

vives de la démocratie sur le continent afin qu’elles partagent leurs expériences et imaginent des projets communs.

Dans cette dynamique, la fondation ne pouvait rêver de meilleure opportunité que rendre visite à Enda Graf Sahel. Il s’agissait de comprendre comment cette structure parvient à rebondir face aux crises actuelles, notamment la contraction

des fonds destinés aux Ong. Au regard de ses initiatives emblématiques, Enda Graf Sahel s’est imposée comme une référence dans la transformation du continent par les groupes populaires. Un savoir-faire qui a séduit l’institution panafricaine. L’idée est de «sortir de l’isolement qui les menace et de créer des solidarités horizontales qui nous permettent d’avancer ensemble», a expliqué Achille Mbembe, directeur de la Fondation de l’innovation pour la démocratie, basée en Afrique du Sud. A travers cette immersion, «on voulait exposer les participants aux assises à cette expérience, rencontrer les acteurs principaux et se former sur les démarches et méthodes qu’Enda a déployées dans le but de faire bouger les choses au Sénégal», a-t-il précisé.

L’anticipation au cœur de la résilience

Une reconnaissance forte-ment appréciée par l’équipe d’Enda Graf Sahel. «Ils étaient venus voir comment nous avons pu faire pour rebondir dans ce contexte actuel, marqué par la raréfaction progressive des ressources», confie Mamadou Kobar, coordonnateur de projet au sein de la structure. Fort de ses 50 ans de recherche-action, Enda Graf a su anticiper ces mutations pour continuer à se donner les moyens de ses ambitions au bénéfice des populations.

Pour réussir, l’organisation ne s’encombre pas de fioritures.

«Nous accompagnons les initiatives développées par les communautés. Nous n’imposons rien. Lorsque nous repérons une dynamique fertile mais mal organisée, nous essayons de la structurer afin de transformer ces acteurs de

terrain en acteurs politiques, capables de négocier l’avenir de leur propre filière avec l’Etat», détaille M. Kobar. Avant d’ajouter : «Les populations ne sont pas des objets de recherche ; elles sont elles-mêmes actrices des recherches que nous menons.»

De l’informel à la structuration économique

Pour illustrer cette réussite, le coordonnateur de projet cite le cas des «coxeurs» (rabatteurs dans les transports publics). «Une seule voiture peut faire vivre plusieurs familles, mais c’est un secteur très mal structuré. Les

«coxeurs» ne sont pas reconnus dans la nomenclature des professions du transport. A

partir de leurs propres initiatives, nous avons organisé le secteur. Aujourd’hui, ils ne se partagent plus l’argent à la fin de la journée : ils disposent de plans d’épargne pour s’assurer un salaire mensuel et faire face aux imprévus», informe-t-il. Des success-stories de ce genre foi-sonnent à Enda Graf Sahel, qui a aidé des maraîchères, des trans-formatrices de produits agricoles, des daaras (talibés), entre autres, à sortir de l’informel.

Nantie de cette riche expérience, Enda Graf Sahel peut

compter sur l’appui de ses pairs. La Fondation de l’innovation pour la démocratie pro-met en effet «un accompagnement sur plusieurs modalités, par le biais de programmes de formation, d’un appui pédagogique et financier aux initiatives de base, et par des interventions dans le champ du débat public africain», a assuré Achille Mbembe.

justin@lequotidien.sn