De façon métaphorique, l’apostat démocratique est celui qui, après avoir chanté les enclosures dorées de la démocratie, après avoir été fervent défenseur des parures étincelantes des régimes dits démocratiques, en renie -une fois au pouvoir- les principes et s’en détache complètement. Il abandonne la foi en la souveraineté du Peuple (seuls ses adeptes sectaires, les militants forcenés de son parti et ses inconditionnels enragés ne comptent à ses yeux), en la séparation des pouvoirs et en l’Etat de Droit. Le tout au profit d’une idéologie autoritaire, d’un populisme radical ou d’un cynisme politique. En d’autres termes, il est tout juste un «renégat» de la démocratie. Et pour en trouver un dans la République de Ndumbélaan que nous partageons, il ne faut pas chercher loin : scrutons simplement les micmacs scabreux du Gourou-vizir. Il surfe aujourd’hui sur les vagues de la puissance que confère le contrôle de l’Etat pour tuer petit-à-petit les rouages de la démocratie ; cette démocratie par laquelle il trône légitimement et légalement au sommet de la hiérarchie administrative et gouvernementale. Lamentable idéologue, il s’éparpille dans le choix de ses inspirateurs : au nom d’un souverainisme théâtral, il adoube les putschistes de l’Aes, s’incline sur la mémoire d’un Mao (pense-t-il que les restrictions de libertés disciplinent un Peuple dans la voie du développement), honore de sa visite le mausolée d’Atatürk (père de la laïcité turque qui mit fin au califat de l’Islam en 1924). Mesure-t-il réellement la marche de l’histoire contemporaine et les avatars de la géopolitique, de la géostratégie qui gouvernent ces trois mondes différents ? Allez savoir !
Ce qui est certain par contre, notre inspiré du siècle fait du xappaan° idéologique, le pique-assiette qui lorgne et salive sur les délices venant de toutes les cuisines. Seulement, la cuisine du voisin, ce n’est pas un podium de tout repos et que les fourchettes ne poussent pas sur les arbres. On ne récite jamais une leçon que l’on est loin d’avoir apprise !
Depuis les années 2000, la montée du populisme a vu de nouveaux «apostats» ; des leaders (Trump, Bolsonaro, Erdogan, Orbàn, ki topp ci parsidan° et d’autres encore) ou des mouvements (comme le parti majoritaire actuellement à Ndumbélaan) qui, après avoir exploité les institutions démocratiques pour accéder au pouvoir, les rejettent une fois au sommet, invoquant la «volonté du Peuple» pour justifier ou chercher à instaurer la concentration du pouvoir. Le postulat reste le même fil conducteur commun : une foi initiale dans la démocratie suivie d’un reniement progressif subtil, souvent au profit d’une autorité promise comme plus efficace, plus patriotique, plus probe, plus nationaliste.
Une étude de psychologie nous indique que les apostats de la démocratie n’ont pas une doctrine unique, mais on retrouve chez eux un sulfureux mélange de skepticisme radical (ils dénoncent la démocratie comme une façade, un système qui masque la domination des élites et des intérêts privés), d’autoritarisme latent (ils prêchent le retour à un pouvoir fort, un leader charismatique «seul capable de remettre de l’ordre» et de restaurer la grandeur et la dignité perdues), de populisme démagogique (ils s’appuient sur la colère populaire, promettent des solutions «clé en mains» en opposant surtout le Peuple à l’establishment talé aux oppresseurs de toujours), de nihilisme institutionnel (une justice aux ordres avec des magistrats corrompus , un Pouvoir législatif inutile car soumis aux désidérata de l’Exécutif). Cette nouvelle vision autoritaire, drapée de rhétoriques cascadantes (pour le Peuple – dignité retrouvée – Peuple souverain – indépendance totale – ressources endogènes), tend simplement à idéaliser un homme, à concentrer tous les pouvoirs entre ses mains et celles de ses inconditionnels prêts à donner leurs vies pour lui, pour le porozet°. Le cynisme de ce porozet° est amplifié par des médias satellisés, les réseaux sociaux où les cercles schizophrènes proches martyrisent les cœurs sensibles, les honnêtes et dignes citoyens, les républicains avérés. Man nak tuddu ma kenn waaye junj doyna boroom xel°.
Avec l’apostat démocratique, un système ouvert (démocratie libérale solide) se transforme en une sorte de religion (sic) de forcenés ébahis où la critique devient hérésie condamnable. Le citoyen qui pense autrement est obligé de s’exiler pour sauver sa vie au risque certain de voir ses proches et amis embastillés uniquement pour lui faire payer son audace ; les accusés de détournement de deniers publics maintenus en prison (malgré l’acte d’accusation qui se ratatine et se dégonfle comme ballon troué) pour avoir donné des coups de fil ou avoir zieuté des films pour adultes ; les chroniqueurs qui parlent le langage accessible au petit peuple sont «effacés» ; les Tv et journaux aux lignes éditoriales libres (SenTV, Tfm, Le Quotidien) sont asphyxiés délibérément et boycottés sciemment . Il est vrai que «nguur gii neexul a layal ; te ku amul loo wax war a seet foo laqu°». Parce que justement dans ce monde, tout est pardonnable, excepté le mensonge, l’infidélité et la trahison. Et en lisant la Sainte Bible, nous sommes tombés sur ceci : «Ils n’ont point de racine (les apostats). Ils croient pour un temps et ils succombent au moment de la tentation.» (Luc 8 v 13)
Puisse Allah (Swt) nous préserver des tourments de l’apostasie !
Amadou FALL
Inspecteur de l’enseignement à la retraite à Guinguinéo
zemaria64@yahoo.fr