La Galerie Vema rend hommage au peintre sénégalais Moussa Sambalaye Diop, disparu en 2017, à travers une exposition posthume saisissante sur les guides religieux et l’âme du Sénégal.
Par Malick GAYE – Il y a des œuvres qui parlent plus fort après la mort de leur auteur. L’expo «Le nœud de la cohésion», inaugurée ce dimanche 12 avril à la Galerie Vema, au parking de l’embarcadère de Gorée, est de celles-là. L’exposition rend hommage à Moussa Sambalaye Diop (1947-2017), figure tutélaire de la création plastique africaine contemporaine, en réunissant une série inédite de portraits de guides religieux sénégalais et un ensemble d’œuvres plus anciennes, témoins d’un demi-siècle de vision et de rigueur.
Né à Dakar, formé à l’Ecole des Beaux-arts puis à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs et à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, Sambalaye Diop avait forgé un langage plastique singulier, où la matière devient mémoire et le geste, méditation. Enseignant infatigable, il a façonné des générations d’artistes à l’Ecole nationale des Beaux-arts de Dakar jusqu’à sa disparition, le 29 avril 2017 à Paris, laissant une œuvre inachevée. Et cette série de portraits des guides religieux comme testament spirituel.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Loin de toute iconographie solennelle, Sambalaye Diop peignait des présences apaisées, contemplatives, ancrées dans une intériorité profonde. Ses silhouettes de marabouts et de chefs religieux n’ont rien de l’effigie : elles incarnent une force discrète, ce rôle de régulateur social que jouent ces figures à l’intersection du pouvoir politique et des aspirations populaires. Un rôle que le Sénégal, plus que tout autre pays, connaît et reconnaît.
Le motif unificateur de l’exposition est le nœud, présent en relief sur chaque tableau. Symbole de ce qui unit, de ce qui attache, de ce qui empêche la société de se défaire, il renvoie à cet héritage moral transmis de génération en génération, au-delà des individualités et conjonctures. «Le Sénégal existe et continue d’exister parce qu’un lien essentiel nous dépasse et nous précède», écrit le curateur Idrissa Diallo dans sa note. Ce nœud-là, Sambalaye Diop avait commencé à le peindre. La mort ne lui aura pas laissé le temps de l’achever.
L’exposition se tient jusqu’au 25 mai 2026. Elle s’est ouverte par une performance de Zikr de la Dahira layenne, un geste de recueillement à la hauteur d’une œuvre dont le fil conducteur est, précisément, la foi au service des hommes. Comme le rappelle la citation de Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh choisie en exergue : «Si tu veux servir Dieu, sers d’abord les hommes.»
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