Depuis quelques années, on a observé, non sans regret au cœur du Sénégal, pays de tolérance et de la téranga, une ségrégation basée sur les noms de famille se développer et prendre une ampleur inquiétante qui menace la cohésion et l’unité nationales. De quoi s’agit-il en termes clairs ? Dans la pratique, ici, au Sénégal, les noms de famille Diallo et Ba, nés sur le sol sénégalais, aux yeux de l’administration de la police, ne sont pas des Sénégalais, sous réserve d’apporter la preuve de leur nationalité sénégalaise, même si leurs ascendants au premier degré comme au second degré, sont nés au Sénégal. En effet, lorsqu’un Sénégalais porte le nom de famille Ba, et sa mère le même nom, ou le nom de famille Diallo, pour obtenir une pièce d’identité nationale ou un passeport, il doit d’abord apporter la preuve de sa nationalité sénégalaise. Aussi, un Sénégalais qui porte le nom de famille Diallo, dont la mère porte le même nom ou le nom de famille Ba, ne peut obtenir une pièce d’identité nationale ou un passeport sans avoir apporté préalablement la preuve de sa nationalité sénégalaise. C’est un non-sens. C’est absurde. C’est une négation de l’histoire du Sénégal.
Pour mieux comprendre, dans le sens de savoir, si cette mesure de l’administration de la police, appelons-la, comme eux ils l’appellent, «règle» : est portée par un texte règlementaire, un arrêté ou une note de service, j’ai posé la question à un ancien haut gradé de la police. Et il m’a brièvement répondu que «c’est la règle». Point final. D’autres policiers interrogés, çà et là, sur la même question, ont donné la même réponse. «C’est la règle.» Donc, c’est malheureusement la «règle» dans l’administration de la police. C’est triste et regrettable, dans un Etat de Droit, notamment au Sénégal, d’observer une discrimination basée sur les noms de famille d’honnêtes citoyens sénégalais. Bref, je dénonce de toutes mes forces cette discrimination basée sur les noms de famille, pire que l’ivoirité à la Gbagbo, qui visait le sol de naissance de Alassane Ouattara ; alors que la ségrégation basée sur les noms de famille, comme son l’indique, est fondée sur l’appellation des noms de famille.
Chers compatriotes, je suis désolé de le dire, mais ayons le courage intellectuel d’appeler le chat par son nom et de fustiger publiquement l’injustice, l’arbitraire et l’inacceptable dans un Etat de Droit. Cette «règle» discriminante de l’administration de la police appliquée aux noms de famille Diallo et Ba viole sans aucun doute :
1- la Constitution, notamment le préambule, qui proclame : le principe intangible de l’intégrité du territoire national et de l’unité nationale dans le respect des spécificités culturelles de toutes les composantes de la Nation ; le respect des libertés fondamentales et des droits du citoyen comme base de la société sénégalaise ; le respect et la consolidation d’un Etat de Droit dans lequel l’Etat et les citoyens sont soumis aux mêmes normes juridiques sous le contrôle d’une Justice indépendante et impartiale ; l’accès de tous les citoyens, sans discrimination, à l’exercice du pouvoir à tous les niveaux ; l’égal accès de tous les citoyens aux services publics ; etc.
2- le Code de la nationalité sénégalaise, qui définit qui est Sénégalais et qui ne l’est pas. Et selon le Code de la nationalité sénégalaise, est Sénégalais :
– la personne née au Sénégal d’un père ou d’une mère né au Sénégal ;
– la personne mineure non mariée dont le père ou la mère a acquis la nationalité sénégalaise par naturalisation ;
– la personne dont le père ou la mère est Sénégalais ;
– la personne mineure non mariée dont le père ou la mère a acquis la nationalité sénégalaise par naturalisation.
Cette ségrégation basée sur les noms de famille est fondée par une règle de l’administration de la police. Sur ce, étant une «règle» selon l’information recueillie auprès de la police, donc elle doit normalement renvoyer à un texte règlementaire, notamment à un arrêté ou à une note de service. Ce qui est certain et ce dont je suis sûr et profondément convaincu : cette «règle» n’est pas issue d’une disposition de la loi sénégalaise, car une loi est impersonnelle et d’application générale. Or, cette «règle» de l’administration de la police s’applique aux noms de famille Ba et Diallo. Ce qui remet dangereusement en cause notre commun vouloir de vie commune.
Je dénonce cette «règle», qui viole la Constitution et le Code de la nationalité sénégalaise, de toutes mes forces. Et je ne comprends pas. Expliquez-moi, je veux comprendre. J’insiste. Pardonnez-moi ; aidez-moi à comprendre. Exemple : deux Sénégalais du même âge, étant nés et ayant grandi dans le même quartier, entrent dans un bureau de commissariat de police pour déposer leur dossier en vue d’obtenir une pièce d’identité nationale ; l’un dépose son dossier sans aucun problème. C’est au tour de l’autre, le suivant. L’agent de police vérifie son dossier, résultat : il porte le nom de famille Diallo, sa mère également. Il lui redonne son dossier et lui dit : «Cherche un certifiât de nationalité sénégalaise.» Bref, ces deux Sénégalais, nés dans le même quartier, ayant grandi ensemble et avec le même âge, dites-moi, s’il vous plaît, entre ces deux Sénégalais, suivant le Code de la nationalité sénégalaise, qui est plus Sénégalais que l’autre ? Pourquoi demande-t-on à l’un de présenter un certificat de nationalité sénégalaise pour obtenir une pièce d’identité nationale ou un passeport, et à l’autre on ne lui demande pas de certificat de nationalité. Expliquez-moi, je ne comprends plus rien, d’ailleurs depuis le début je suis dérouté. En somme, dites-moi de quel texte de Droit ou règlementaire est extraite cette règle de l’administration de la police qui s’applique aux noms de famille Ba et Diallo, et qui ne s’applique pas aux autres Sénégalais.
Est-il nécessaire de rappeler que nous devons respecter les lois et règlements dont nous nous sommes librement et souverainement dotés. Ce que je crois, à mon humble avis, c’est que la seule façon de sauvegarder notre commun vouloir de vie commune est de ne pas laisser la place à la rancœur et à la haine.
La ségrégation basée sur les noms de famille est un non-sens dans un Etat de Droit, dont les conséquences immédiates et lointaines sont dramatiques et incommensurables. En effet, cette «règle» de l’administration de la police viole la Constitution, le Code de la nationalité sénégalaise, entrave la liberté de voyager, retarde l’exercice du droit au travail et porte atteinte à la liberté des couples portant des noms de famille Ba et Diallo de se marier entre eux.
Au finish, ce que je crois : construire des ponts entre nous vaut mieux que creuser des fossés.
A bas la ségrégation basée sur les noms de famille !
Vive l’Etat de Droit !
Vive la République !
Vive le Sénégal !
Baba Gallé DIALLO
babadediana@gmail.com

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