Il était une fois, deux Sénégalais, meilleurs amis et frères partisans, avaient promis à leur peuple la justice, la vérité, l’intégrité dans la gestion du pouvoir, la rupture avec les anciennes pratiques jugées malsaines et immorales. L’un avait toute une force populaire, un leadership fort et pesant, et une moralité incontestable, tandis que l’autre n’existait politiquement qu’à travers le premier. En effet, ce dernier semblait partager les mêmes convictions et aspirait au même but poursuivi par le premier, mais y croyait-il vraiment ? Le voulait-il vraiment ?
L’un n’ayant pas pu se présenter à l’élection présidentielle, décida de désigner son compagnon, ami de longue date et partenaire de confiance. Une rare chose en Afrique, n’est-ce pas ? A travers cela et grâce à une volonté divine manifeste, le désigné devient président de la République en 10 jours de campagne électorale, et nomma celui qui l’avait désigné, Premier ministre du Sénégal. Vous l’aurez compris, il est question ici de l’histoire de Ousmane Sonko (ex-Premier ministre et actuel président de l’Assemblée nationale du Sénégal) et de Bassirou Diomaye Diakhar Faye (actuel président de la République du Sénégal).
A la date du vendredi 22 mai 2026, par le décret n02026-1128, l’actuel président de la République a limogé son Premier ministre juste après son intervention à l’Assemblée nationale, où les députés s’étaient réunis pour mener une discussion portant sur les questions d’actualité avec le gouvernement. En effet, selon le président de la République, les déclarations faites par son ex-Premier ministre à l’Assemblée nationale posaient problème.
Après deux ans au pouvoir, notre Président a enfin eu le courage de faire ce qu’il rêvait. Ainsi, nous assistons enfin à la fin d’une hypocrisie manifeste au sein du pouvoir et à une distinction nette entre les ambitions politiques des deux hommes. Tandis que Ousmane Sonko semble rester droit dans ses bottes et veille à la concrétisation de ses promesses d’hier faites au Peuple, à son parti ainsi qu’à sa propre personne, le Président Faye, lui, décide de rabattre les cartes et de jouer à un autre jeu. Ce dernier, dans le respect des règles du parti Pastef, avait auparavant posé un acte fort en démissionnant de son poste de Secrétaire général du parti pour être «un Président qui sera au-dessus de la mêlée», disait-il dans son discours du 3 avril 2024 adressé aux Sénégalais. Cependant, bien qu’il ne veuille l’admettre, il n’est plus au-dessus de la mêlée et, en même temps, il n’est plus celui que les Sénégalais et l’ensemble de la jeunesse admiraient. Il est devenu, au contraire, d’une part, le plus aimé de ses anciens détracteurs qui, à travers lui, voient un espoir, celui de regagner un jour le pouvoir, les privilèges et le statut qu’ils avaient perdu. D’autre part, il semble être devenu une figure politique très impopulaire, voire personae non grata au sein de son parti politique.
Albert Camus disait : «Surtout pour être, ne pas chercher à paraître.» Il était temps que les ambitions politiques de notre cher Président soient dévoilées. Ce dernier n’a pas manqué de booster sa Coalition «Diomaye Président», composée essentiellement de politiciens déchus et méprisés. Il n’a pas non plus manqué de s’opposer publiquement à son ex-Premier ministre dans divers choix politiques visant la concrétisation du «Projet» que le duo avait vendu aux Sénégalais. C’est certain, le nouveau Président trace son chemin. Un chemin qu’il veut parcourir sans ses alliés d’hier, un chemin qui risque d’être épineux et plein de défis.
Les patriotes sont partagés : tandis que d’aucuns sont choqués, d’autres s’y attendaient déjà, voire pire encore. Leur leader, à savoir Ousmane Sonko, après son limogeage, était reconnaissant de ne plus à avoir à jouer un tel rôle. Pour une fois, l’histoire aurait pu ne pas se répéter, ce qui était arrivé entre Mamadou Dia et le Président Senghor, puis entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré, aurait pu ne pas toucher le duo «Sonko moy Diomaye – Diomaye moy Sonko». Mais leur soif de pouvoir avait pris le dessus et, au moins maintenant, tout est clair et chacun d’eux est libre de suivre sa voie.
Ousmane Sonko continue son parcours à l’Assemblée nationale. Considéré comme un vrai stratège politique, il n’avait pas mis tous ses œufs dans le même panier. Au contraire, il a su planifier un plan de secours comme toute personne avertie et prudente. Ne dit-on pas que la confiance ne se donne jamais pleinement ?
Le Sénégal connaît une vraie dualité au sommet de l’Etat, une dualité qui se révèle prometteuse et fatale. Les Sénégalais sont tenus en haleine par une cohabitation dite «douce», qui se révélera peut-être hargneuse et sans précédent. Tandis que l’un maîtrise l’Exécutif, l’autre devient la deuxième personnalité de l’Etat et étend son influence au sein de l’institution monocamérale.
L’on comprend désormais que c’est à partir de leur incarcération que l’échiquier avait été mis en place. Ainsi, les alliés d’aujourd’hui du président de la République avaient su placer leurs pions au moment opportun, concluant pour certains des pactes, comme évoqué par monsieur Abdourahmane Diouf, actuel ministre de l’Energie et du pétrole, lors de son intervention à la Tfm, le 4 mai 2026. La rupture plus visible aujourd’hui avait peut-être déjà eu lieu sans qu’eux-mêmes ne s’en rendent compte, même si, avec les récentes déclarations du président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, nous comprenons que tout était flou depuis le début. La fin sera-t-elle heureuse ? Cependant, «maybe it’s not about happy ending ? Maybe it’s about the story» (Albert Camus).
Malgré tout, c’est avec sincérité que nous souhaitons à l’actuel président de la République de poursuivre le reste de son mandat dans la paix et la sérénité, tout en s’entourant de ceux qu’il souhaite. C’est aussi avec joie que nous souhaitons au nouveau Premier ministre Monsieur Ahmadou Al Aminou Lô, ainsi qu’à son gouvernement, un excellent passage.
A Monsieur le président de la République du Sénégal, le pouvoir est éphémère et la puissance illusoire. Ainsi, le Sénégal retiendra.
A Monsieur Ousmane Sonko, Hester Brown disait que «ce qui t’est destiné trouvera toujours un moyen de te rejoindre» et sachez que «ce qu’ils détestent en vous, c’est ce qui leur manque».
Aux martyrs et Peuple sénégalais, vos sacrifices ne seront jamais vains, le meilleur reste encore à venir.
A Thierno Souleymane Baal, ton héritage et ta vision perdureront. Des femmes et hommes forts et pieux l’incarneront et hisseront le Sénégal ainsi que l’Afrique dans sa globalité au sommet.
Anta BAAL
Etudiante en Master 2, juriste d’affaires
Université Gaston Berger de Saint-Louis

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