C’est une erreur que de considérer l’Examen d’entrée en 6e comme un simple filtre destiné à éliminer. Rite de passage symbolique, l’Examen d’entrée en 6e fixe en plus un cap clair, avec des exigences précises à satisfaire, en matière de lecture, d’écriture, de calcul et de raisonnement. Dans notre système, il constitue un instrument de recherche et de préservation de la qualité.
Notre système éducatif a été caractérisé depuis des années par un affaissement des normes de sélection, l’érosion des repères, une baisse du niveau des élèves et des enseignants. Supprimer l’Examen d’entrée en sixième dans un système déjà fragilisé, ce n’est pas moderniser, c’est exposer et préparer l’échec collectif.
Il est des décisions politiques qui, sous couvert d’égalité, fragilisent en réalité l’excellence. La suppression du Concours d’entrée en sixième en fait partie. Présentée comme un progrès démocratique, elle constitue en vérité un renoncement : renoncement à l’exigence, renoncement au mérite, renoncement à l’ambition scolaire.
Depuis des décennies, ce concours incarnait une idée simple et puissante : l’école est le lieu où l’effort et le travail permettent de s’élever. Il offrait à des élèves venus de tous horizons la possibilité d’intégrer des établissements d’excellence sur la base de leurs résultats, non de leur origine sociale. Supprimer cet outil de sélection, c’est déplacer le critère d’accès.
On invoque, pour soutenir cette décision, la lutte contre les inégalités. Mais les inégalités ne disparaissent pas parce qu’on supprime les exigences ; elles se déplacent. Lorsque l’institution renonce à sélectionner par le travail, les familles les mieux informées contournent le système : cours privés, stratégies résidentielles, établissements hors contrat. Le nivellement par le bas n’a jamais produit l’égalité ; il a simplement affaibli l’école publique.
A l’heure où la compétition internationale s’intensifie, où les classements comme ceux de l’Organisation de coopération et de développement économique rappellent régulièrement les fragilités de notre système éducatif, faut-il vraiment renoncer à l’excellence ? Les pays qui réussissent ne sont pas ceux qui effacent les exigences, mais ceux qui «tirent» les élèves vers le haut, en maintenant des standards élevés.
On objectera que la sélection à onze ans est précoce. C’est un débat légitime. Mais la réponse n’est pas la suppression pure et simple de l’examen. Elle devrait être l’amélioration de la préparation en amont, le renforcement de l’école primaire, l’accompagnement au foyer des élèves défavorisés pour qu’ils puissent réussir. Plutôt que d’abaisser la barre, aidons davantage d’enfants à la franchir.
Derrière cette mesure, pourrait se profiler une vision inquiétante : celle d’une école qui ne distingue plus, qui ne valorise plus l’excellence, qui préfère l’uniformité à l’émulation. Or, une société qui refuse de reconnaître le mérite prépare sa disparition. L’égalité des chances ne signifie pas l’égalité des résultats ; elle suppose que chacun puisse tenter sa chance dans un cadre exigeant et transparent.
Il s’agit de défendre le refus de la médiocrité et d’affirmer l’éthique de l’effort et du travail. Supprimer le Concours d’entrée en sixième, c’est envoyer un message inquiétant. Aux élèves que l’effort n’est plus décisif. Et aux enseignants que l’exigence devient suspecte.
L’histoire jugera sévèrement les choix qui affaiblissent l’école au nom du populisme ambiant. Car une Nation qui renonce à l’excellence scolaire renonce, à terme, à son rayonnement, à son innovation, à sa cohésion. L’égalité ne se construit pas en abaissant le sommet. Elle se construit en donnant à chacun les moyens d’y accéder.
Cette décision que vient de prendre le gouvernement doit être suspendue pour que s’ouvrent de vastes consultations d’experts, de parents d’élèves et de décideurs. Compte tenu des enjeux majeurs et de la gravité afférente à cette décision, il est urgent de procéder à une évaluation rigoureuse de notre système éducatif. L’erreur, l’opiniâtreté et l’entêtement ne conduiront qu’à des sanctions futures, quand on sait que les erreurs en matière d’éducation se paient au bout d’une vingtaine d’années.
Les représentants du Peuple, intellectuels, experts et parents d’élèves doivent résister à cette mesure, annoncée dans l’indifférence générale, qui fragilisera encore plus le système éducatif. L’école est trop importante pour faire l’objet de décisions non préparées et non évaluées. L’école n’est pas un laboratoire politique, ni une scène où l’improvisation est permise. C’est le cœur battant de la République, un pilier essentiel de la Nation.
Makhfouz GUEYE
El Hadji Ibrahima SALL
