Trois concerts, un Battle national, un défilé de mode, un panel, un concours de jeunes talents. La deuxième édition du festival Urbanoiz ne s’est pas contentée de faire du bruit. Elle a construit quelque chose.

Par Malick GAYE – Il y a des victoires qui ne font pas de bruit. Pas de discours de ministre, pas de fanfare officielle. Juste une scène, des micros et, pendant plusieurs jours, trois lieux de Dakar transformés en épicentres du hip-hop sénégalais. Le Centre culturel Douta Seck, la Place des cultures urbaines, le Foyer des jeunes de Ouakam : Urbanoiz a investi le patrimoine public de la capitale pour y installer, le temps d’un festival, la culture urbaine dans toute sa diversité.

Il faut rappeler le contexte. Entre 2021 et 2023, les émeutes politiques ont rendu le pays ingouvernable pour des événements de ce type. Puis est venu le cycle électoral, avec son lot de tensions et d’incertitudes. La morosité économique, elle, n’a pas attendu pour s’installer. Dans ce tableau peu reluisant, l’association Impact Sénégal a quand même tenu le pari. Les organisateurs ont avancé. Seuls, pour l’essentiel.

Le résultat dépasse largement les trois concerts. Plus de 150 artistes sur scène dont beaucoup qui n’avaient pas foulé les planches depuis des années. La clôture au Foyer des jeunes de Ouakam avec Dip Doundou Guiss a confirmé l’ambition : on ne s’est pas contenté des seconds couteaux. Mais, le cœur du festival battait aussi ailleurs.

Le Battle national a offert bien plus qu’une joute de rimes. Le vainqueur repart avec une dotation financière et un accompagnement concret pour structurer sa carrière. Le concours de jeunes talents, lui, va encore plus loin : prix en argent, album et résidence artistique en Europe à la clé. Ce sont des tremplins réels, dans un milieu où les portes s’ouvrent rarement sans piston. Un panel sur les enjeux du mouvement hip-hop a posé, lui, les questions de fond : visibilité, économie, transmission. Et pour couronner le tout, un défilé de mode est venu rappeler que la culture urbaine ne se réduit pas au flow et aux beatmakers. Elle habille, elle pense, elle crée.

Impact Sénégal a également mis ses étudiants en formation aux métiers de la scène dans le grand bain. Régie son, éclairage, logistique : les jeunes techniciens ont opéré en conditions réelles. Le résultat n’avait rien à rougir face à des productions bien plus dotées.

Ce qui distingue cette édition, c’est la clarté de vision de ses organisateurs. Ils ne font pas de la survie un programme. Ils savent où ils vont, avec ou sans soutien institutionnel, et ont la ferme intention de pérenniser le festival. Dans un écosystème culturel aussi fragile, une telle détermination mérite mieux que l’indifférence. Soutenir Urbanoiz, c’est investir dans une filière qui, manifestement, sait quoi faire de cet investissement.

mgaye@lequotidien.sn