Alors que l’Afrique de l’Ouest traverse une période de fortes turbulences politiques et sécuritaires, le Forum régional E-Mam 2023-2027 ouvre le débat sur la place des jeunes et des femmes dans la décision publique. Pour son coordonnateur, Oussou Julien Nounontin, l’heure est venue de dépasser la simple mobilisation électorale pour faire de ces acteurs une véritable force de gouvernance.
Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – La démocratie ouest-africaine est-elle en train de perdre une partie de sa base sociale ? C’est l’une des questions de fond posées par le Forum régional E-Mam 2023-2027, qui s’est tenu les 5 et 6 octobre à Dakar. La rencontre porte sur un thème au cœur des préoccupations régionales : «Gouvernance inclusive et leadership des jeunes et des femmes : défis et opportunités pour des sociétés résilientes et la paix durable en Afrique de l’Ouest.» Pour Oussou Julien Nounontin, coordonnateur du projet, le contexte régional impose de repenser les mécanismes de participation. Entre recul des libertés publiques, contestations électorales, transitions politiques non constitutionnelles et recompositions géopolitiques, l’espace du compromis se réduit. Dans ce paysage sous tension, il considère que l’inclusion des jeunes et des femmes constitue un levier essentiel de légitimité et de stabilité.
Le paradoxe est au cœur des préoccupations du forum : les jeunes et les femmes pèsent lourd dans la démographie ouest-africaine, mais beaucoup moins dans les lieux où se prennent les décisions. Oussou Julien Nounontin souligne ainsi la nécessité de dépasser une participation limitée aux périodes électorales. L’enjeu, selon lui, est de permettre aux jeunes et aux femmes d’accéder réellement aux espaces de décision, mais aussi de participer aux processus de paix, aux transitions politiques et à la gestion des défis sécuritaires. Car une gouvernance qui laisse une partie importante de sa population à la périphérie de la décision risque d’alimenter frustration, défiance et instabilité.
Le forum veut surtout éviter de s’arrêter au constat. Les participants vont examiner les obstacles juridiques, sociaux, culturels et financiers qui entravent le leadership politique des femmes et des jeunes. Les opportunités liées aux outils numériques, aux quotas et aux mécanismes de dialogue intergénérationnel seront également passées au crible. Au programme, plusieurs panels consacrés à la gouvernance locale et à la participation citoyenne, à la sécurité et à la cohésion sociale, aux médias et au numérique, mais aussi aux élections et à l’inclusion politique.
Environ 60 à 70 participants prennent part aux travaux dont des délégations venues notamment de la Guinée-Bissau, du Bénin, du Mali, de la Guinée, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie et du Ghana. L’objectif affiché par Oussou Julien Nounontin et les organisateurs est de faire émerger des recommandations concrètes pour une gouvernance plus inclusive et une paix durable dans la sous-région.
latifmansaray@lequotidien.sn
