Les Etats d’Afrique de l’Ouest ont de plus en plus recours aux Partenariats public-privé (Ppp) pour financer leurs grands projets d’infrastructures. Dans ce panorama, les Sociétés de gestion et d’intermédiation (Sgi) ont une belle carte à jouer comme pourvoyeuses de solutions.

Les rapports d’institutions régionales et internationales s’accumulent depuis 10 ans : les pays d’Afrique de l’Ouest pâtissent d’infrastructures vieillissantes. Et ce dans plusieurs domaines essentiels comme l’énergie, les transports, l’eau et son assainissement, ou encore les infrastructures numériques. En 2016, le Fmi avait suggéré des solutions, incitant les huit Etats membres (Bénin, Burkina, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) à moderniser leurs politiques fiscales et monétaires afin de permettre aux acteurs financiers d’être plus compétitifs.

Les Ppp, véritables solutions pour les Etats

Dix ans plus tard, le constat est double : il y a eu des efforts, mais beaucoup reste à faire. Selon les chiffres de l’Ocde, les pays d’Afrique de l’Ouest «devraient effectuer un investissement d’environ 20 milliards de dollars par an jusqu’en 2040, principalement dans le secteur des transports, suivi de celui du numérique. La réalisation de cet objectif d’investissement pourrait faire progresser la croissance an­nuelle moyenne du Produit intérieur brut (Pib) de la région de 5, 4 points». Les secteurs structurants demandant des investissements sont donc bien connus, et les capacités de mobilisation financières des Etats d’Afrique de l’Ouest souvent limitées, notamment à cause de leur endettement public et de leur dépendance aux financements extérieurs et aux bailleurs internationaux. Les Etats de la zone n’ont donc pas une multitude de solutions sous la main pour lever des fonds.

Parmi elles, les Partenariats public-privé (Ppp) sont en train de se développer dans les pays de la zone Uemoa, principalement au Sénégal et en Côte d’Ivoire qui sont les deux locomotives dans la région. Pour favoriser leur essor, le Conseil des ministres de l’Uemoa a adopté -en septembre 2022- la directive n°01/2022/CM/Uemoa, imposant un cadre juridique et institutionnel clair. Parallèlement à l’Uemoa, toutes les instances continentales appellent d’ailleurs à leur développement avec vigueur. «Le financement des infrastructures en Afrique reste un défi majeur auquel sont confrontés de nombreux pays du continent, considère Robert Lisin­ge de la Commission économique pour l’Afrique (Cea) de l’Onu. Pour combler le déficit d’infrastructures, les partenariats public-privé sont essentiels au développement des infrastructures en Afri­que.» Si, sur le papier, les Ppp constituent des mécanismes efficaces pour lever des fonds, leur part reste encore limitée dans le financement de projets de la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest.

Plusieurs types d’acteurs financiers sont néanmoins présents dans les appels d’offres publics-privés lancés par les gouvernements : il y a bien évidemment les banques de développement -comme la Banque africaine de développement (Afdb), la Banque mondiale ou l’International Finance Corpo­ration (Ifc)-, mais aussi les fonds d’investissement -private equity ou fonds souverains- et les banques commerciales. Et de nouveaux acteurs apparaissent sur ce marché : les Sociétés de gestion et d’intermédiation (Sgi), qui agissent en tant qu’intermédiaires financiers spécialisés sur le marché régional.

Les Sgi, un écosystème encore émergent et disparate

Agréées par le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (Crepmf), les Sgi constituent les intermédiaires autorisés à intervenir sur le marché boursier pour l’exécution des transactions sur titres au nom des investisseurs. Connues pour leurs fonctions d’intermédiation boursière et d’ingénierie financière, elles sont aussi mandatées pour mobiliser des capitaux. Notamment dans le cadre des Ppp. Selon Soualiou Fadiga, Directeur exécutif de l’Asso­ciation professionnelle des Sgi (Apsgi), elles présentent dans l’ensemble des performances remarquables depuis la création du marché financier régional, et sont actuellement très actives au niveau de la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm) : «Le démarrage des activités de la Brvm n’aurait pas pu être possible sans les Sgi qui sont les acteurs majeurs dans leur rôle d’intermédiaires centraux sur le marché. La capitalisation du marché des actions se situe aujourd’hui à plus de 12 000 milliards F Cfa, tandis que le compartiment obligataire dépasse les 21 000 milliards. Au total, plus de 21 000 milliards ont été levés sur notre marché depuis 1998.» Au nombre de 14 en 1998, les Sgi sont aujourd’hui 36 à opérer dans la zone Uemoa.

Ces dernières années, les Sgi ont donc été très actives. Plusieurs exemples le prouvent : elles ont permis des levées de fonds de 60 milliards F Cfa pour la Caisse régionale de refinancement hypothécaire de l’Uemoa, de 100 milliards F Cfa pour l’Emprunt obligataire pour infrastructures du Mali, 240 milliards F Cfa pour l’Obligation verte et durable lancée par la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (Bidc), ou encore 150 milliards F Cfa pour l’Emprunt obligataire du Sénégal, l’année dernière. Dans toutes ces grandes opérations, on retrouve souvent les mêmes noms de Sgi, connues pour leur sérieux depuis la fin des années 90 et dont la réputation n’est plus à faire : Invictus Capital & Finance (dirigée par Isaac Mbaye), Atlantique Finance (dirigée par Habib Koné), Finance Gestion et Intermé­diation (dirigée par Astou Diop) ou encore Cgf Bourse (dirigée par Kalidou Diallo).

De nouvelles venues jouent des coudes pour se faire une place sur le marché comme Kerales Finance (dirigée par Sotiguy Coulibaly) et Mansa Capital (dirigée par El-Hassana Kaba) en Côte d’Ivoire, ou encore Image Finance Internationale (dirigée par Issa Malgoubri) au Burkina Faso. Faute de pouvoir rivaliser avec les grands noms du secteur en raison d’un track record encore balbutiant, certains dirigeants misent donc sur leurs diplômes pour rassurer les investisseurs. Mais certaines formations express en ligne et autres certifications du type Yali Network peinent à convaincre les plus avertis : bon nombre d’entre elles ne suffisent pas à attester d’une maîtrise des compétences indispensables à la pratique financière. Le secteur devra, par conséquent, poursuivre ses efforts de structuration du cadre réglementaire d’exercice dans la perspective de s’aligner sur les standards internationaux.

Quoi qu’il en soit, les Sgi, dans leur ensemble, sont de plus en plus intéressées par le montage de Ppp, et les autorités financières considèrent qu’elles ont toute leur place dans l’éventail des mécanismes financiers, et ce pour une bonne raison : les Etats sont dans l’obligation de mobiliser tous les acteurs de la finance s’ils veulent parvenir à leurs fins, ne disposant pas eux-mêmes des ressources financières nécessaires. «Il n’est pas soutenable pour les Etats de prévoir d’importants financements dans leurs budgets. D’où l’importance d’impliquer le secteur privé local», assure Dr Edoh Kossi Amenounve, Directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm). Pour lui, les budgets publics très limités des pays de la zone Uemoa ne correspondent pas à leurs énormes besoins. Et seuls les acteurs du secteur privé -dont les Sgi- sont capables d’y répondre.

Léon KONATE

leonkng@mailo.com