On dit souvent que l’Afrique est l’avenir. Mais comme le rappelait avec justesse Léopold Sédar Senghor : «L’Afrique doit s’unir, non pas pour s’opposer, mais pour s’apposer au reste du monde.» Pourtant, aujourd’hui, mon cœur de panafricaine est lourd. Je vois nos dissensions, nos hésitations, et parfois même nos silences, là où le monde attendrait de nous une clameur unique.

Le rejet de la candidature de Macky Sall par certains de nos propres pairs et plus récemment, la décision de l’Ouganda de présenter son propre candidat au poste de Secrétaire général des Nations unies illustrent une fracture profonde. Une blessure que nous infligeons à nous-mêmes. Pourquoi portons-nous nos querelles internes sur la scène internationale ? Pourquoi la haine, la rivalité ou la revanche prennent-elles le pas sur la vision collective ?

Comme nous l’enseignait Nelson Mandela : «Nos différences doivent être une source de force, et non de division.» Nous avons hérité d’une sagesse africaine qui nous rappelle que «le linge sale se lave en famille». En exposant nos rancœurs domestiques aux yeux du monde, nous affaiblissons la voix de chaque Africain et nous hypothéquons nos ambitions communes.

L’exemple de la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies est édifiant. Depuis des décennies, l’Afrique réclame un siège permanent. Une revendication légitime, portée avec constance. Mais pourquoi cette aspiration n’a-t-elle toujours pas abouti ? Parce que nous n’avons pas su parler d’une seule voix. Parce que nous n’avons pas su désigner un représentant unique. Parce que, trop souvent, nos intérêts nationaux ont pris le dessus sur notre destin continental. Nous avons sacrifié des opportunités historiques sur l’autel de nos ego étatiques.

Kwame Nkrumah lançait déjà cet avertissement prophétique : «L’Afrique doit s’unir ou mourir.» Aujourd’hui, il convient de le dire autrement, avec lucidité : l’Afrique doit s’unir ou rester invisible. Dans un monde structuré par des blocs puissants et solidaires, la division est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.

Etre panafricain ne se résume pas à des discours lors de conférences internationales. C’est une exigence morale et politique. C’est faire le choix du collectif contre les calculs étroits. C’est comprendre que la véritable puissance réside dans le consensus, dans la capacité à transcender nos différences pour bâtir une vision commune.

Nous ne pouvons pas prétendre bâtir une Afrique forte sur les cendres de la méfiance, de la rivalité et de la vengeance. Si nous voulons que le monde nous respecte, commençons par nous respecter nous-mêmes. Portons nos leaders avec dignité lorsqu’ils incarnent une ambition continentale. Défendons nos candidatures comme un seul bloc, avec détermination et cohérence.

L’Afrique n’a pas besoin d’une multiplication de candidatures concurrentes. Elle a besoin d’une seule voix, forte, crédible et respectée. Une voix qui porte les aspirations de plus d’un milliard d’hommes et de femmes. Une voix qui impose le respect par son unité.

Pour nos aînés qui ont lutté pour notre indépendance. Pour nous qui aspirons à une Afrique influente et souveraine. Et pour les générations futures qui jugeront notre héritage : faisons le choix de l’unité.

Il est temps que l’Afrique cesse d’être son propre obstacle et devienne enfin sa propre force.

Antigone DIOP

Coordinatrice du collectif

Rappel à l’ordre

Membre de la Société civile africaine