Pénurie récurrente de poches de sang, précarité financière des familles et contraintes géographiques entravent gravement la prise en charge des enfants atteints de cancer au Sénégal. Face à cette situation alarmante, Dieynaba Kane, présidente de l’association «Yaye Tijan», plaide pour une mobilisation générale. Un appel entendu par l’Amicale des femmes de Lse Sogea-Satom, qui a intensifié son soutien à travers une vaste campagne de don de sang.
Par Amadou MBODJI – Le manque récurrent de poches de sang, les difficultés financières des familles et les risques d’abandon des traitements compliquent lourdement la prise en charge des enfants atteints de cancer au Sénégal. Présidente de l’association «Yaye Tijan», Dieynaba Kane alerte sur les obstacles majeurs auxquels sont confrontés ces jeunes patients et appelle à une mobilisation accrue pour leur permettre de poursuivre leurs soins dans de meilleures conditions.
Le combat contre les cancers pédiatriques ne se limite pas au traitement médical de la maladie. Pour de nombreux enfants au Sénégal, l’accès aux soins reste un véritable parcours du combattant, marqué par la précarité des ressources financières, les contraintes liées à l’éloignement géographique et l’insuffisance des poches de sang. Cette dernière difficulté constitue une préoccupation majeure pour Dieynaba Kane, engagée au quotidien dans l’accompagnement des enfants malades et de leurs familles. «A chaque fois que les enfants sont en traitement en oncologie pédiatrique, ils ont très souvent besoin de transfusion», explique-t-elle.
Mais cette ressource vitale fait régulièrement défaut. «Malheureusement, c’est une ressource qui manque fréquemment, au point que certains enfants sont parfois renvoyés chez eux faute de sang disponible», déplore-t-elle. Cette pénurie représente un obstacle dramatique pour des enfants dont la prise en charge nécessite un suivi rigoureux. Selon Dieynaba Kane, certaines formes de cancer, comme la leucémie, affectent directement le sang, tandis que d’autres peuvent provoquer une anémie sévère. Les transfusions sanguines deviennent alors indispensables à la poursuite des protocoles thérapeutiques.
Des familles démunies face au coût des traitements
Au-delà du manque de sang, le fardeau financier pèse lourdement sur le parcours de soins. Les familles les plus vulnérables peinent à acheter les médicaments, mais aussi à honorer le coût des analyses et des bilans médicaux, indispensables avant et après chaque séance de chimiothérapie. Pour répondre à cette détresse, l’association «Yaye Tijan» a mis en place un programme spécifique de lutte contre l’abandon des traitements. Celui-ci vise à soutenir financièrement les parents les plus démunis afin d’éviter toute interruption dans le protocole médical. L’objectif est de limiter les ruptures de traitement liées au manque de moyens, alors même que la continuité des soins demeure la clé de voûte de la guérison.
L’éloignement géographique constitue un autre frein majeur. Pour pallier cela, l’association met à disposition une «Maison des parents», un centre d’accueil destiné à héberger les enfants et leurs mères venus des régions intérieures du pays pour suivre les séances de chimiothérapie. Cette structure leur offre un toit et un cadre réconfortant durant cette période particulièrement éprouvante.
Tous les enfants n’accèdent pas à l’unité spécialisée
La prise en charge globale reste également confrontée à la saturation des structures spécialisées. Dieynaba Kane rappelle que l’Unité d’oncologie pédiatrique de l’hôpital Aristide Le Dantec est la principale structure référente pour les enfants atteints de cancer au Sénégal. D’après les chiffres qu’elle avance, plus de 250 enfants y sont actuellement suivis, alors que plus de 800 nouveaux cas sont attendus chaque année à l’échelle nationale. «Hélas, tous les enfants n’arrivent pas jusqu’à l’unité et la prise en charge globale reste très délicate», souligne-t-elle avec regret.
Face à ce constat, la présidente de «Yaye Tijan» insiste sur l’urgence d’un diagnostic précoce, d’un traitement adapté et d’un suivi rigoureux. Elle rappelle fermement qu’un enfant peut guérir du cancer lorsque les soins nécessaires sont accessibles et dispensés à temps.
Prévenir la rupture scolaire et favoriser la réinsertion
Les répercussions de la maladie dépassent le cadre strictement médical. Les longs traitements perturbent gravement la scolarité des enfants et fragilisent leur insertion sociale. Pour atténuer ces impacts, l’association a développé un programme de soutien et de suivi scolaires adapté aux enfants en phase de rétablissement. L’ambition est d’assurer la continuité pédagogique afin d’éviter un décrochage scolaire qui conduirait, à terme, à une exclusion sociale.
Pour Dieynaba Kane, la guérison médicale doit impérativement s’accompagner d’une réinsertion sociale réussie. Le retour sur les bancs de l’école et la reprise d’une vie normale constituent ainsi des axes prioritaires dans l’accompagnement post-maladie.
Le don de sang, un geste vital de solidarité
C’est dans ce contexte critique que l’association «Yaye Tijan» salue chaleureusement les initiatives de solidarité, notamment la récente journée de collecte de sang organisée en partenariat avec la société Lse Sogea-Satom. Dieynaba Kane espère que cette mobilisation permettra de ravitailler durablement la banque de sang de l’Unité d’oncologie pédiatrique. Elle a tenu à exprimer sa gratitude à l’Amicale des femmes de Lse Sogea-Satom pour leurs actions en faveur des malades -enfants, femmes et hommes-, ainsi que pour leur appui constant à l’association.
Elle souhaite par ailleurs que cet engagement citoyen s’inscrive dans la durée, au-delà des campagnes ponctuelles. Selon elle, la pérennité de cette chaîne de solidarité repose sur l’implication continue des généreux donateurs qui répondent présent lors des appels aux dons.
A travers ses programmes d’accompagnement et ses campagnes de sensibilisation, «Yaye Tijan» poursuit son combat pour améliorer le quotidien des jeunes patients. Mais face à la précarité des familles et au manque récurrent de sang, les besoins demeurent immenses. Pour ces enfants, la collecte de sang et le soutien financier restent les véritables armes pour vaincre la maladie.
L’Amicale des femmes de Lse Sogea-Satom engagée sur le terrain
En apportant sa contribution dans le cadre d’Octobre Rose, mois dédié à la sensibilisation contre le cancer du sein, l’Amicale des femmes de Lse Sogea-Satom a choisi cette année d’élargir son champ d’action en consacrant tout un trimestre à la santé. «Depuis deux ans, nous menons des actions de sensibilisation contre le cancer pédiatrique, en plus de célébrer Octobre Rose. Cette année, nous avons décidé d’embrasser trois fronts : le cancer pédiatrique, les cancers féminins (sein et col de l’utérus) ainsi que les cancers masculins», explique Mme Fanta Ndiaye Fall, responsable de la communication et de la Rse chez Lse Sogea-Satom.
C’est ce qui explique, souligne-t-elle, l’organisation d’une importante collecte de sang au siège de l’entreprise. Evoluant dans les secteurs exigeants de l’énergie et du génie civil, ces femmes, souvent soumises à de fortes contraintes de temps et déployées sur le terrain, ont pris l’initiative de regrouper leurs actions de sensibilisation sur une journée phare au mois d’octobre. «En amont de cette journée, nous avons organisé des séances d’information lors de nos «quarts d’heure sécurité». Ces moments d’échanges se tiennent quotidiennement sur nos chantiers et chaque vendredi au niveau de l’agence. Durant tout ce mois, une session spéciale a été dédiée à la sensibilisation sur ces trois catégories de cancer», précise la porte-parole.
Elle rappelle au passage que lors de l’édition précédente, l’amicale avait réussi à collecter 70 poches de sang.
Un chiffre qu’elle compte bien dépasser cette année, avec un objectif affiché de plus d’une centaine de poches recueillies.
ambodji@lequotidien.sn
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