Le lycée de Saly Vélingara a vibré au rythme d’un atelier littéraire singulier animé par le romancier Paul Sédar Ndiaye. Autour de son ouvrage Les larmes de Mossane, l’auteur a invité les élèves à briser le silence sur le drame de l’émigration clandestine. A travers l’écriture créative, ces lycéens ont transformé les statistiques froides en récits poignants, redonnant un visage humain à ceux qui bravent l’Atlantique.
Par Alioune Badara CISS – «La littérature restaure l’humanité là où les chiffres l’effacent.» C’est par cette conviction profonde que l’écrivain sénégalais Paul Sédar Ndiaye justifie son immersion au lycée de Saly Vélingara. Loin des cercles académiques rigides, c’est au cœur d’une salle de classe effervescente que le débat sur l’émigration irrégulière a pris corps. L’objectif était limpide : extraire son roman, Les larmes de Mossane, de ses pages pour instaurer un dialogue direct avec une jeunesse souvent séduite par le mirage de l’eldorado.
La pirogue, cette «prison flottante»
L’œuvre retrace l’exil de Moussa et Mossane, deux jeunes dont les rêves viennent s’échouer dans les profondeurs de l’Atlantique. Pour Paul Sédar Ndiaye, la pirogue subit une métamorphose brutale dès qu’elle prend le large. «Au départ, elle est une promesse, le véhicule de l’espoir. Mais dès qu’elle quitte le rivage, elle se referme. Elle devient étroite, étouffante : une prison flottante», explique l’auteur. Le destin de Mossane dont le diplôme finit englouti par les flots, a particulièrement résonné chez les lycéens. Pour eux, cette image symbolise la perte brutale d’une dignité patiemment construite sur les bancs de l’école.
De la réflexion à la plume
L’atelier a bousculé les codes du cours magistral habituel. Après un débat intense sur les racines du départ, les élèves de Seconde, Première et Terminale se sont essayés à l’exercice de l’écriture créative. La consigne était sans détour : écrire depuis la perspective de celui qui part. Lettres d’adieu, monologues intérieurs ou poèmes… les styles ont varié, mais l’émotion est restée palpable. Pour l’auteur, ce passage à l’écrit est essentiel : «Parler, c’est bien. Mais écrire, c’est différent. C’est en écrivant que les élèves comprennent vraiment la tragédie, non pas intellectuellement, mais viscéralement.»
Dans cette zone côtière de Saly où la migration est une réalité quotidienne, l’atelier a offert un espace de liberté rare, loin des discours moralisateurs. «Ce n’est pas un adulte qui vient leur dire «ne partez pas». C’est un roman qui leur murmure «regardez, voici ce qui arrive quand on part»», souligne Paul Sédar Ndiaye.
En s’appuyant sur la puissance de la fiction, l’écrivain a réussi à créer un «sanctuaire de parole» où l’expression des jeunes est enfin reconnue. Plus qu’une simple leçon de français, cette rencontre a été une invitation pour ces lycéens à questionner leur propre avenir, oscillant entre le désir d’un ailleurs meilleur et l’attachement viscéral à leur terre natale.
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