La situation que vit cette région par rapport à son émancipation économique, sociale et culturelle est à la fois inquiétante, troublante, voire incompréhensible, au regard de ses nombreuses et immenses richesses. En effet, le département de Kédougou, qui a été érigé en région, est le plus pauvre du Sénégal : 80% des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit moins d’un dollar par jour (Conf. Banque mondiale). Cette pauvreté est ressentie à tous les niveaux : accès aux services sociaux de base (eau, électricité, téléphone), éducation, santé, microcrédit, etc.

Paradoxalement, c’est la région la plus riche du Sénégal en ressources naturelles : fer, marbre, or, réserve forestière, faune, basalte, 1200 millimètres par an de pluviométrie. Cependant, nonobstant toutes ces richesses, il se développe dans cette région ce que l’économiste Günder Frank appelle le «développement du sous-développement». En d’autres termes, malgré les efforts des pouvoirs publics, la misère s’y accentue avec ses corollaires tels que le chômage, l’exode rural, la criminalité, l’éclosion de nouvelles maladies, etc.

Par ailleurs, l’avènement des sociétés minières dans la région n’a pas apporté des effets induits significatifs au vécu quotidien des populations de cette localité, malgré l’existence d’un fonds minier. De l’analyse de cette situation, il apparaît que depuis l’indépendance, le pouvoir officiel n’a développé aucun modèle intégratif pour cette région.

Au lieu de capter le dynamisme périphérique afin de réduire l’intensité de la pression en vue d’améliorer les conditions des populations, le pouvoir a toujours développé une relation de distanciation par rapport à cette région. Exemple : le fait d’affecter un fonctionnaire dans ce patelin est considéré comme une sanction de «bannissement». L’isolement de cette région s’est révélé de plus de plus en plus inefficace, et la non-satisfaction des demandes sociales a accru sans cesse la pression périphérique.

Les circuits de communication du pouvoir avec cette région ne fonctionnent que dans un seul sens : insensibilité aux sollicitations des populations. Cette fermeté et cette rigidité cadavérique face aux besoins et préoccupations des populations ont atteint les limites de la périphérisation politique.

En outre, du point de vue de la décentralisation et de la gouvernance locale, l’érection du département en région reste à l’état stationnaire. En effet, une politique de décentralisation vise une double signification : politique et technique. Au plan technique, la décentralisation répond à un souci de bonne gestion. Elle implique de ce fait l’administration des affaires locales par des personnes issues du milieu, se trouvant sur place et étant au courant de la situation locale. Du point de vue politique, la décentralisation permet de réaliser une percée dans la démocratie en instaurant une participation des membres de la collectivité aux décisions touchant à leurs intérêts collectifs. Or, depuis la régionalisation du département, on constate l’immobilisme de la région en matière économique et sociale. Le second souci de la décentralisation est par conséquent celui de la démocratie.

Tous ces éléments illustrent le manque de volonté politique du pouvoir à prendre en charge la problématique développementale de la région, ce qui a eu, entre autres conséquences, une périphérisation excessive de cette localité, par conséquent une excessive frustration des populations.

Face à cette situation dramatique et drastique, le pouvoir officiel doit mettre en place des politiques intégratives destinées à corriger ses errements et erreurs depuis de nombreuses années.

En d’autres termes, il doit se montrer plus réceptif aux sollicitations périphériques dans le sens d’une réelle promotion économique, sociale et culturelle de cette région.

Kossoro CISSOKHO

Docteur en Droit

Expert Juriste Consultant