Qu’est-ce qui fait que les éléments de l’engeance ont une haine contre tout le monde ? Pourquoi détestent-ils autant ceux qui montrent les énormes contre-vérités débitées par leur gourou ? Ils ont le pouvoir, les honneurs, l’argent que certains d’entre eux n’imaginaient jamais pouvoir obtenir, même au terme de deux vies cumulées. Paradoxalement, ils sont frustrés, dépités, fâchés contre tout, y compris le bon sens. Ces gens se battent contre eux-mêmes : ils nous ont vendu un saint, et grâce à l’Etat et aux institutions judiciaires, on a vu qu’il n’était même pas digne d’être un apôtre d’un prophète du mensonge.

Ils haïssent Macky Sall et tous ceux qui ne les croient pas, parce qu’ils leur reprochent d’avoir invalidé leur entreprise de mensonges systémiques. Ils sont frustrés d’être découverts, ils ne pardonneront jamais à l’ancien Président d’avoir montré le vrai visage de leur chef jadis déifié et aujourd’hui chosifié. «Pourquoi nous a-t-il obstrué la voie en révélant notre imposture ?» Sans l’affaire Prodac, beaucoup de Sénégalais naïfs continueraient à croire que le gourou est véridique. Sans l’affaire Sweet Beauté, les gens continueraient à le sanctifier. Dieu est tellement sage que son ironie suffit à assagir tous ceux qui savent méditer sur ses signes.

La haine est révélatrice d’une défaite mentale, elle n’est pas un simple sentiment. La haine procure au faible et au raté un sentiment de puissance, car pour eux, la puissance est dans la vengeance. La haine guérit illusoirement celui qui est malade de son être, c’est-à-dire celui qui n’est pas content d’être ce qu’il est. La haine est poison pour l’âme des personnes saines, mais un dopage pour les natures ontologiquement faibles. On hait autrui en général pour se cacher la haine contre soi. La haine est très souvent la mauvaise conscience de l’impuissance. C’est pourquoi la haine est forcément débile dans son mode opératoire. Toutes les accusations fantaisistes contre des Sénégalais sont motivées par la haine, Pastef n’a jamais eu de vision claire et novatrice pour ce pays. Leur programme est un ramassis d’intuitions et de bricolages tirés du débat national mal compris et mal géré.

Cette fable de la renégociation obéit à la logique de la haine : il faut trouver un moyen de salir ou néantiser ce qui a été fait pour asseoir une légitimité volée à la lucidité du Peuple. Ousmane Sonko a dénoncé le pays auprès des institutions financières en parlant de dette cachée. Il a encore récidivé avec fracas en parlant de renégociations du bloc Yakaar Teranga. Et pour couronner l’imposture, le directeur de Petrosen Holding vient valider cette bourde, en prétendant qu’il s’agit de discussions fermes ayant permis à l’Etat de mettre sur la table trois options juridiques claires : un «retrait négocié volontaire», «une résiliation unilatérale du contrat par l’Etat» ou «un arbitrage international en dernier recours».

Ce directeur n’a certainement pas mesuré la portée de ce qu’il a dit et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, un arbitrage international serait un scandale pouvant ternir l’image du Sénégal et décourager les investisseurs. Ensuite, il prétend que c’est pour éviter à cette entreprise d’avoir des pertes en bourse qu’ils lui ont permis de communiquer plusieurs mois auparavant afin d’avoir une sortie honorable. Où est la souveraineté ? Depuis quand un Etat s’occupe-t-il du sort boursier d’une entreprise étrangère ? Enfin, ce directeur vient de faire une très mauvaise publicité pour le pétrole et le gaz sénégalais : car cette information, quoiqu’insensée, pourrait dissuader des investisseurs, surtout que les investissements requis coûtent cher.

Ce qui est étrange et inacceptable, c’est que ni le Pm ni le directeur de Petrosen n’ont fait mention de la difficulté fondamentale de ce bloc : l’orientation stratégique décidée par l’Etat, à savoir le Gas to power et le Gas to industry destiné à la consommation locale (faciliter l’électricité et, par ricochet, encourager l’industrialisation). Le vrai problème qui fait fuir les investisseurs, est cette difficulté : comment concilier le souci de souveraineté énergétique nécessaire à la dynamisation de l’économie et les exigences des investisseurs pour amortir leurs lourds investissements. Le contrat signé par l’ancien régime était une réponse à ce souci, ils prétendent qu’ils peuvent trouver mieux : l’avenir jugera. Le fait est que des retards considérables sont désormais enregistrés, avec comme conséquence la mise en veille de l’exigence de donner une priorité à la consommation locale. Crier victoire dans ce contexte, c’est soit de la mauvaise foi, soit de l’ignorance.

Alassane K. KITANE