Le Sénégal exporte l’essentiel de ses ressources halieutiques, au détriment du marché local. Pour Moustapha Dème, économiste de la pêche, il est grand temps que cette tendance soit renversée, si on veut assurer une certaine souveraineté alimentaire. L’expert intervenait hier sur la place de la pêche dans l’économie sénégalaise, dans le cadre d’une session de dialogue sur la politique de la pêche organisée par la Fondation Konrad Adenauer.

Par Alioune Badara CISS (Correspondant) – «Si on veut assurer une certaine souveraineté alimentaire, il faut qu’on privilégie le marché local au détriment des exportations. A la limite, si on doit exporter des produits halieutiques, qu’on exporte des produits élaborés, transformés, afin de contribuer à consolider les emplois, à créer plus de richesses», plaide Moustapha Dème. D’après l’économiste de la pêche, la quantité de produits halieutiques exportée est largement plus importante que celle débarquée dans le pays. «Ce qui est malheureux, ces exportations sont des produits en l’état, des produits congelés qui n’ont pas fait l’objet de transformation préalable pour créer de la valeur ajoutée et consolider les emplois. Les femmes transformatrices auraient pu accéder à cette matière, transformer ces produits, et que le Sénégal exporte des produits élaborés», regrette le chercheur. Et selon lui, «l’Etat a des leviers pour que ce poisson reste au Sénégal, pour les consommateurs sénégalais, pour le secteur de la transformation artisanale». «Je ne suis pas contre les exportations, mais il faut que le Sénégal exporte des produits élaborés, qui créent de la valeur ajoutée», précise-t-il.

M. Dème intervenait hier sur «La place de la pêche dans l’économie du Sénégal», dans le cadre d’une session de dialogue sur la politique de la pêche entre le Sénégal et l’Union européenne organisée par la Fondation Konrad Adenauer. A travers cette rencontre, la Fka veut «favoriser un espace de dialogue direct et constructif entre les différents acteurs de la gouvernance de l’économie maritime, notamment de la pêche».

Elle rappelle que «le partenariat entre le Sénégal et l’Union européenne dans le domaine de la pêche date du début des années 1980. Sur la dernière période de cinq ans (2019-2024), il a apporté au budget de l’Etat sénégalais une contribution de 8, 5 millions d’euros, soit plus de 5, 5 milliards francs Cfa ; ce à quoi s’ajoutent les redevances versées par les armateurs. Une enveloppe de 900 000 euros par an, soit environ 590 millions de francs Cfa, a été destinée à la réalisation des projets choisis par l’administration sénégalaise pour soutenir le développement du secteur de la pêche et sa gouvernance, y compris la surveillance et la recherche scientifique nécessaires pour la préservation des stocks de poissons.

Sur cette période de cinq ans, les captures de la flotte européenne dans les eaux sénégalaises représentent moins de 1% des captures totales déclarées et réalisées par l’ensemble des flottes dans les eaux sénégalaises, soit près de 10 000 tonnes de poissons. Ces captures, visant uniquement le thon et le merlu noir, ont été réalisées dans les eaux sénégalaises au-delà de 12 milles nautiques des côtes, évitant ainsi une interférence avec les activités de la pêche artisanale sénégalaise».

En 2014, souligne-t-elle, «le Sénégal avait signé un accord de partenariat pour une pêche durable avec l’Union européenne, en contrepartie de 1, 7 million d’euros par an, permettant aux navires européens de pêcher dans ses eaux territoriales. Renouvelé en novembre 2019 pour cinq ans, ledit accord a pris fin le dimanche 17 novembre 2024 à minuit et ne sera pas renouvelé cette fois-ci. L’accord signé le 18 novembre 2019 à Bruxelles pour une durée de cinq ans a pris fin le 17 novembre 2024. Il autorise des navires de pays européens à pêcher dans les eaux territoriales sénégalaises, à raison de 10 000 tonnes de thon par an.

Le protocole prévoit des possibilités de pêche pour jusqu’à 28 thoniers senneurs congélateurs, 10 canneurs et 5 palangriers d’Espagne, de Portugal et de France. Il autorise également la capture de 1750 tonnes de merlu noir par an pour deux chalutiers espagnols. Aujourd’hui que l’accord de Bruxelles a pris fin, il est important de favoriser un dialogue constructif entre les acteurs afin de garantir une gouvernance transparente et redevable de la pêche au Sénégal. C’est dans ce contexte que le bureau de la Fondation Konrad Adenauer organise cette session de dialogue politique mobilisant divers acteurs pour échanger sur les accords de pêche».

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