Dakar a accueilli, à la veille des Jeux Olympiques de la Jeunesse, les Rencontres internationales de la coopération. Le philosophe Achille Mbembe y a livré une lecture sans détour de l’avenir africain. Pour lui, le monde avance «irréversiblement vers un siècle africain». Mais ce siècle ne s’offrira pas sans conditions. Démocratie, sécurité et solidarité en sont les clés.

Par Malick GAYE – Le 30 octobre au Musée Théodore Monod, Expertise France réunissait experts, institutions et jeunes autour d’une question : que peut la coopération pour la jeunesse africaine ? A la tribune, le Directeur général de l’agence, Jérémie Pellet, et Achille Mbembe dont la fondation porte le mot «démocratie». Le rendez-vous, organisé pour la première fois en Afrique, précédait un sommet sport et développement et un festival de rugby féminin. Le point de départ de Mbembe est démographique. Le continent comptera 2, 5 milliards d’habitants dans vingt ans, dont 75% auront moins de 35 ans, soit environ 42% de la jeunesse mondiale. Quand d’autres régions vieillissent, l’Afrique sera la plus jeune. Reste à transformer ce «dividende démographique» en un espace où la majorité «éprouve du plaisir à travailler, à créer et à prospérer». Les freins, il les nomme. D’abord la mobilité : «Il faut que le continent devienne un vaste espace où nous circulons.» Ensuite la sécurité, climatique, alimentaire, mais aussi «des corps et des esprits», là où les conflits sapent la cohésion sociale. S’y ajoutent le manque d’investissements, d’emplois et de formation, ainsi que les contraintes fiscales des Etats.

Les moyens publics français alloués au développement ont, selon lui, été divisés par trois en quelques années. Il pointe enfin la montée des idéologies qui séparent, jusqu’en Afrique du Sud, «entraînée dans un tourbillon anti-africain».

Sa réponse tient en un mot : démocratie. Non pas seulement procédurale, mais celle qui règle le conflit des générations. Il propose un «parlement des générations» : on ne peut endetter un pays, dit-il, sans donner la parole à ceux qui paieront. Rien ne doit engager l’avenir «sans la voix des jeunes et sans la voix des femmes». Quant à la relation France-Afrique, son histoire «reste à écrire» par les nouvelles générations.

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