Durant toute l’épopée du Parti démocratique sénégalais… de son apogée aveugle jusqu’à son déclin austère : il s’était évertué à démanteler les acquis sociaux, avec un art diabolique et par une conduite astucieuse. Cependant, cette stratégie à long terme avait pourtant causé sa perte.

En raison que ledit parti à l’époque voulait ensevelir et déstabiliser à la fois la Confé­dération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts) et récupérer en même temps un de ses leaders marquants, lors de son congrès de rupture (en 2001), après le départ de Madia Diop dénommé le Lion du Cayor. Hélas, rien n’y fit ! Certes, un tremblement de terre dans un verre d’eau maîtrisé s’en est suivi à l’interne et une séparation houleuse avec ledit camarade [éminemment] politique que syndical ; mais, tout finit dans un ordre contrôlé et renforcé, puis par une discipline partagée.

En raison que lors des renouvellements tenus au Cices, le Mouvement des réformateurs indépendants, né au sein de la confédération, par le canal de Ibrahima Konté, leader du Syndicat des travailleurs de la Sonatel (Syts) à l’époque, en accord et en phase avec les conservateurs, aura permis le triomphe du camarade Mody Guiro. Autrement dit, malgré tous les moyens financiers et toute une logistique au service du camarade-gladiateur , accompagné de femmes étourdies par le pouvoir en place à l’époque, ce dernier mordit la poussière. Tout de même, il fallait s’y attendre.

En raison que l’histoire est là pour juger lesdits événements préfabriqués par des hommes de paille. Ainsi, un plan B avait même été concocté, aux fins de récupérer le mythique Alassane Ndoye, sans véritablement connaître toutes ses capacités d’endurance et ses prouesses syndicales. Sous ce regard, il a fallu compter sur son intelligence syndicale par la manière courageuse et articulée qu’il , après la grève nationale enclenchée, menée et réussie, paralysa tout un pays, après une élection présidentielle magistrale du Président Abdoulaye Wade, élu au suffrage universel. A cet effet, il se croyait tout permis… de sorte que tout un paysage syndical dans le doute s’était interrogé de savoir : qu’en serait-il de la suite dans cette affaire ?

De toute évidence, le camarade Alassane Ndoye fut convoqué à la présidence de la République manu militari parce qu’avant tout, il reste et demeure un inconditionnel du Pds et un fervent militant. Et pourtant, lors de cette fumeuse audience, accompagné par une forte délégation du bureau de la Cnts et entouré de Mody Guiro nouvellement élu [également], le citoyen Ndoye tiendra des propos cohérents face au président de la République (gardien de la Constitution), et grâce à ses idées précoces dans les arcanes du Palais, distilla : «Qu’il y a bien lieu de faire la part des choses et de dissocier le militant politique du militant syndical.» «Je suis et je reste un militant du Pds, autant au plan syndical, je suis collé au camarade Guiro et à la Cnts, dans le cadre de nos actions syndicales communes.» Somme toute que la raison a ses raisons que la raison ignore. Une tautologie bien voulue !

Ainsi, en raison de cet échec bien troublant, l’illustre Maître, dans ses manœuvres subtiles et obscures, s’est employé de poignarder dans le dos les travailleurs-salariés sénégalais à la base et dans les entreprises, par une grande réforme du Code du travail en profondeur. Et dans un tel contexte, il a pu transformer en passoir : le décret 70-183 du 20 février 1970 fixant le régime général des dérogations à la durée légale du travail , à savoir l’article 11 nouveau, modifié par le décret 2006-1262 du 15 novembre 2006. A cet effet, il ne s’en est pas limité. Il est rentré à fond et au cœur de la loi sociale, pour la rendre plus flexible avec son Premier ministre d’alors. Dans cet ordre de batailles, il a précarisé toutes les garanties et les principes fondamentaux de base, instaurant le décret 2009-1412 du 23 décembre 2009 fixant la protection particulière des travailleurs employés par des entreprises de travail temporaire et les obligations auxquelles sont assujetties ces entreprises… comme d’ailleurs mais également l’arrêté ministériel n°1887 fixant la liste des secteurs d’activité dans lesquels il est d’usage de ne pas recourir au contrat à durée indéterminée, entre autres. Un gâ­chis énor­me !

Attendu dès lors que la bonne graine semée par Madia Diop par l’affiliation et la participation responsable à une époque charnière et unique , aura fait profiter à la Cnts d’être au bon endroit et au bon moment. Désormais, avec le multipartisme et les élections de représentativité des centrales syndicales, une nouvelle vague a vu le jour et de nouvelles ambitions se sont déclarées. Malheureusement, lesdites centrales n’ont pas encore perçu la nécessité d’être présentes là ou leur sort se décide : l’Assemblée nationale. Il en a été de même en France, avec les grands rassemblements de la rue par les fameux «gilets jaunes» qui, eux aussi, n’avaient pas su comprendre les enjeux syndicaux de l’heure.

En raison que le camarade Alassane Ndoye, lui, l’a bien compris, et assez tôt : un analphabète-intelligent donc : un intellectuel capable d’agir avec promptitude face aux interrogations soulevées par le monde du travail. Et cela, aucunement, n’a rien de comparable d’un instruit bardé de diplômes académiques : rusé, roublard, cupide et malodorant dans ses actes, par des méthodes teintées de mépris à l’égard de ses semblables. Il a su marquer des points en étant à la fois député-maire à l’Hémicycle, par ses propres moyens et ses énormes capacités organisationnelles. Un homme de raison et de cœur, même s’il vient de commettre l’erreur de ne pas s’associer à la récente grève nationale du Front syndical de défense du travail. C’est toute cette différence qui faisait sa force par rapport à toute une coalition de syndicats qui bégaie encore, et tâtonne en plus. Il est grand temps pour elle aussi de comprendre et d’admettre que l’unité fait la force. L’ultime sursaut syndical demeure donc de devoir et pouvoir se retrouver à l’Assemblée nationale, aux fins de préserver les acquis et les garanties du monde du Travail. Ce sont là tous les enjeux syndicaux du moment auxquels le monde du Travail est confronté… et à devoir vite agir. Dès lors, il y a bien lieu à ce qu’ensemble, ledit Front syndical de défense du travail adopte les mesures adéquates afin de consolider les acquis sociaux du milieu social. Et vivement !

Ibrahima Khalil MENDY

Sg Syntips/Cnts & président

du mouvement des permanents Cnts