Emmanuel Todd, l’homme qui, en 1976, avait prédit l’effondrement de l’Union soviétique, a fait, par le biais d’une vidéo devenue virale dans les réseaux sociaux, une analyse rigoureusement scientifique de la guerre que l’Occident mène abjectement contre l’Iran. Les oligarchies occidentales, enfermées dans leurs certitudes idéologiques universalistes, pensent pouvoir exporter leurs fantaisies géostratégiques et géopolitiques sur le monde. La propagande mensongère, les illusions savamment distillées par les média-mensonges dénaturent les faits en détournant les catégories de la pensée et les valeurs morales de leur essence profondément humaine, pour en faire des moyens ou véhicules de la manipulation et de la désinformation industrielle.
Emmanuel Todd fait ici une précision conceptuelle fondée sur du factuel : l’Iran n’est pas une dictature personnelle, mais plutôt une théocratie institutionnelle. Les institutions iraniennes sont critiquables comme toutes les institutions politiques au monde, mais le moins que l’on puisse dire est qu’elles ont réussi, entre 1979 et 2026, à doter le pays d’une prestance diplomatique rayonnante, d’une souveraineté militaire incontestable, d’une élite scientifique et intellectuelle très ouverte sur la science et les technologies (65 à 70% de femmes diplômées dans certaines filières techniques : qui fait mieux ?).
Personne ne nous parle de cette prouesse, à savoir que l’Iran fait partie des pays qui produisent le plus d’ingénieurs (230 000 à 234 000 nouveaux ingénieurs chaque année). Qui peut nier que c’est là une preuve d’une vision politique claire, avec des objectifs économiques précis ? On préfère nous parler des manifestations (infiltrées du reste) qui ont été, il est vrai, sévèrement réprimées. Pendant ce temps, le monde occidental reste sourd et muet face au génocide qui se déroule en permanence à Gaza. Et si le problème que l’Occident a avec l’Iran était la peur de l’altérité ? Ce que l’Iran montre, c’est que des modèles politiques et économiques viables sont concevables en dehors des archétypes intolérants de l’Europe.
Le pouvoir émane du Peuple dans les démocraties tandis qu’en Iran, il émane de Dieu : voilà la différence qui, selon Emmanuel Todd, n’a jamais été bien comprise. La démocratie n’est pas une fin en soi, on ne peut pas forcer des peuples à adopter la démocratie : Irak, Lybie, Syrie, Afghanistan, etc., dans quel pays l’Occident a réussi une démocratisation de la société ou même son épanouissement sur le plan économique ? La peur qu’a l’Occident de voir les autres nations vivre de façon souverainement différente est la cause de toutes les guerres du monde. Comment peut-on diaboliser Hitler et bénir un Trump ou un Netanyahu, alors que la cruauté qu’ils exercent sur le monde n’est différente de celle de Hitler qu’en degré et non par nature ?
Ignorant la nature du régime iranien, l’Occident a réduit tout le pouvoir politique au leader, ce qui est un non-sens historique. Le système démocratique n’a de la valeur que parce qu’il a un idéal de justice et de liberté pour les peuples : comment ne pas comprendre qu’en l’exportant contre toute idée de justice et contre la liberté des peuples concernés, on leur vend du vent contre du vent ? L’Occident, depuis plusieurs siècles, s’est arrogé le droit de penser, de juger, et de décider pour le reste de l’humanité, sans jamais se demander si sa suprématie économique et militaire n’était rien d’autre que le fruit de prédations, de néantisations et de massacres des autres peuples.
Les Iraniens connaissent l’histoire de l’Occident, car il l’ont vu naître ; ils savent dépister toutes les intrigues de l’impérialisme occidental ; ils ont réussi à asseoir une tradition scientifique et technologique souveraine capable de jeter les bases d’un pays industrialisé et moderne. C’est vrai que le Peuple souffre énormément des sanctions et des guerres imposées par l’Occident, mais qui est responsable de ce drame ? Personne n’est dupe : dans cette guerre comme dans toutes les autres, les bombes ne sont que les bras du capitalisme sauvage. Ce qui est en jeu, c’est la rivalité entre grandes puissances ; rivalité dans laquelle Israël est venu se greffer avec ses projets loufoques qui naviguent entre politique et religion.
Alassane K. KITANE

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