Monsieur

Madiambal Diagne,

Nous prenons aujourd’hui la plume parce que le temps des insinuations a assez duré et parce que le Sénégal mérite autre chose qu’une guerre de déclarations. Depuis plusieurs années, vous affirmez publiquement détenir des éléments graves concernant Monsieur Ousmane Sonko. Vous avez parlé de faits, de comportements et de réalités qui, selon vous, permettraient aux Sénégalais de mieux comprendre celui qui fut longtemps présenté comme le champion de la rupture et de la vertu publique. Ces propos ont été tenus à plusieurs reprises et ils ont été entendus par toute la Nation.

Pourtant, malgré la gravité de ces accusations, Monsieur Ousmane Sonko n’a jamais répondu de manière précise et exhaustive. Il a souvent préféré dénoncer des complots, mettre en cause les intentions de ses contradicteurs et déplacer le débat vers le terrain de la confrontation politique. Les Sénégalais ont vu un homme prompt à interpeller les autres, mais étonnamment silencieux lorsque certaines accusations le visaient personnellement.

C’est pourquoi nous vous adressons cette lettre avec insistance et avec gravité. Si vous détenez réellement des preuves, ce à quoi nous croyons très fortement, alors vous êtes tenu de les mettre à la disposition de la République. Vous ne pouvez plus garder ces éléments dans les coulisses du débat public pendant que le pays se divise entre les croyants et les sceptiques. Vous ne pouvez plus laisser prospérer les rumeurs pendant que les institutions sont fragilisées par les passions politiques.

Nous ne vous demandons pas de satisfaire une curiosité malsaine. Nous vous demandons d’accomplir un devoir citoyen. Lorsqu’un journaliste affirme connaître des faits graves concernant un ancien Premier ministre, de surcroît une personnalité politique belliqueuse, ces faits cessent d’appartenir à une simple polémique médiatique. Ils touchent à la confiance que les citoyens accordent à leurs dirigeants et à leurs institutions.

Cheikh Hamidou Kane a écrit que «la vérité est une terre sans chemin». Cette phrase nous rappelle que la vérité ne se laisse pas capturer par les partis, les foules ou les stratégies de communication. Elle exige que chacun renonce aux artifices et accepte l’épreuve des faits. Si vous possédez des documents, des témoignages ou des éléments vérifiables, alors la vérité vous impose de les produire devant les instances compétentes et devant l’opinion publique dans les limites fixées par la loi.

Pendant des années, Monsieur Ousmane Sonko a bâti son discours sur la dénonciation du système. Il a accusé ses adversaires d’avoir confisqué l’Etat, trahi le Peuple et détourné les institutions de leur mission. Beaucoup de Sénégalais lui ont accordé leur confiance parce qu’ils étaient lassés de certaines injustices et de certains privilèges. Cette aspiration au changement était légitime et elle demeure encore aujourd’hui profondément enracinée dans notre société.

Mais l’exigence morale ne peut pas être à sens unique. Celui qui réclame la transparence doit accepter d’être transparent. Celui qui exige des comptes doit accepter d’en rendre. Celui qui se présente comme le gardien de l’éthique publique ne peut pas demander à la Nation de détourner le regard lorsque des accusations sérieuses sont portées contre lui.

Montesquieu écrivait que «tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser». Cette assertion n’est pas une condamnation d’un individu en particulier. Elle constitue un avertissement universel. Aucun dirigeant ne doit être transformé en figure intouchable. Lorsqu’un homme devient tellement populaire que certains refusent même de lui poser des questions, la démocratie commence à perdre sa vitalité. Lorsqu’un responsable politique considère que sa popularité lui tient lieu de réponse, la République entre dans une zone dangereuse.

Nous le disons avec franchise, nous ne croyons plus que Monsieur Ousmane Sonko répondra un jour aux accusations que vous avez formulées. Son silence n’est plus un accident, et il n’est plus une simple tactique passagère. Il est devenu une méthode. Il sait que ses partisans interprètent souvent chaque critique comme une attaque contre leur propre espoir. Il sait que l’émotion peut parfois étouffer les questions les plus dérangeantes. Il sait qu’en refusant d’entrer dans le détail, il entretient un brouillard politique qui lui permet de demeurer à la fois accusé et jamais véritablement confronté.

C’est précisément pour cette raison que votre responsabilité devient immense. Vous ne pouvez plus vous contenter d’évoquer des dossiers sans les ouvrir. Vous ne pouvez plus rappeler que vous savez certaines choses sans permettre aux Sénégalais de les examiner. Vous avez parlé avec suffisamment d’assurance pour que la Nation soit désormais en droit d’attendre des preuves.

Nous vous supplions donc de faire ce dernier service au Sénégal. Rendez publics les éléments qui peuvent l’être. Saisissez les juridictions compétentes lorsque cela s’impose. Remettez à la Justice les documents qui relèvent de son domaine. Permettez enfin au Peuple sénégalais de juger sur des faits et non sur des ru­meurs.

Nelson Mandela disait qu’«être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres». Cette parole signifie qu’une démocratie véritable suppose des citoyens informés et des dirigeants qui acceptent la lumière. Si Monsieur Ousmane Sonko est innocent des faits que vous évoquez, les preuves permettront de le réhabiliter. Si certaines accusations sont fondées, les preuves permettront à la Justice et au Peuple d’en tirer les conséquences. Dans les deux cas, la vérité servira mieux le Sénégal que les passions et les silences.

Notre pays traverse une période où les institutions ont besoin de crédibilité. Les Sénégalais attendent des réponses sur l’emploi, l’école, la santé, l’agriculture et le coût de la vie. Ils ont besoin d’un Etat qui inspire confiance. Or, la confiance ne peut pas prospérer lorsque des accusations aussi graves restent suspendues au-dessus du débat public sans être établies ni clairement réfutées.

Cette affaire dépasse désormais les personnes. Elle ne concerne plus seulement un journaliste et un ancien Premier ministre. Elle concerne la capacité de notre démocratie à faire triompher les faits sur les récits. Elle concerne le droit des citoyens à connaître la vérité sur ceux qui prétendent parler en leur nom.

Nous refusons de croire que le Sénégal soit condamné à choisir entre le culte d’un homme et le règne de l’insinuation. Nous devons exiger des preuves lorsqu’il y a des accusations et des réponses lorsqu’il y a des questions. Nous devons appliquer la même rigueur à tous, qu’ils soient au pouvoir, dans l’opposition ou dans les médias.

Monsieur Madiambal Dia­gne, si vous détenez réellement les preuves que vous évoquez depuis si longtemps, alors l’heure est venue de les assumer devant la Nation. Ouvrez les dossiers. Produisez les documents. Donnez aux institutions les moyens de faire leur travail. Aidez les Sénégalais à savoir qui est vraiment Monsieur Ousmane Sonko.

L’histoire est sévère envers ceux qui accusent sans démontrer, et elle est tout aussi sévère envers ceux qui savent et qui se taisent. Nous souhaitons que vous choisissiez une autre voie, celle du courage civique et de la vérité assumée. Le Sénégal mérite mieux que les rumeurs, les manipulations et les vérités inachevées. Il mérite des dirigeants qui répondent aux questions qui leur sont posées et des journalistes qui vont jusqu’au bout de ce qu’ils avancent.

Alors, Monsieur Madiambal Diagne, au nom de l’intérêt supérieur de la République et au nom du droit des Sénégalais à connaître la vérité, nous vous demandons avec insistance de rendre publiques les preuves que vous affirmez détenir contre Monsieur Ousmane Sonko. Ce geste ne relèverait ni de la vengeance ni de la haine. Il constituerait un acte de responsabilité envers une Nation qui a trop souffert des passions politiques et qui aspire désormais à être gouvernée par la vérité plutôt que par les mythes.

Amadou MBENGUE

dit Vieux

Secrétaire général de la Coordination départementale de Rufisque

Membre du Comité central et du Bureau politique du Pit/Sénégal